En 2012, une éruption sous-marine a formé, en une seule journée, un radeau de pierre ponce flottante d’environ 400 km² à la surface de l’océan Pacifique, raconte Sciencepost. L’explosion s’est produite à environ 900 mètres sous la surface, sur le volcan Havre, situé dans l’arc des Kermadec, au nord-est de la Nouvelle-Zélande. Personne, sur le moment, ne s’est rendu compte qu’un volcan venait d’entrer en éruption. Les géologues ignoraient même jusque-là que le Havre était actif.
L’affaire n’a été reconstituée qu’a posteriori. Un volcanologue et un spécialiste de la NASA ont retrouvé, dans les images du capteur satellite MODIS, un panache et une eau grisâtre datés du 19 juillet 2012. Il aura fallu attendre le 9 août pour qu’un avion de patrouille Orion de l’armée de l’air néo-zélandaise repère depuis les airs une étendue blanchâtre entre Samoa et la Nouvelle-Zélande.
Les pilotes ont prévenu le navire de guerre HMNZS Canterbury, qui a croisé le radeau le jour même, à environ 160 kilomètres au sud-ouest de l’île Raoul. L’équipage y a mesuré une couche de pierre ponce sur un kilomètre de large, à perte de vue, et récupéré des échantillons directement dans les filtres à eau du bateau.
Les relevés sismiques des 17 et 18 juillet ont ensuite permis de remonter la piste jusqu’au Havre, qui avait craché sur au moins quatorze bouches volcaniques distinctes.
Si ces roches flottent, c’est parce que le magma riche en gaz s’est figé brutalement au contact de l’eau froide, piégeant d’innombrables microbulles à l’intérieur. Cette porosité rend la pierre assez légère pour rester à la surface, parfois pendant des années, avant de s’imbiber d’eau et de finir par couler.
Plus de 80 espèces marines ont dérivé sur les roches
Le radeau n’a pas dérivé vide. Des balanes, des coraux, des bryozoaires et diverses algues se sont fixés sur les fragments, portant à plus de quatre-vingts le nombre d’espèces marines recensées sur ces roches poreuses. La colonisation s’est faite peu à peu : une larve s’accroche, une algue s’enroule, puis un crustacé trouve refuge dans une cavité de la roche.
Certaines espèces embarquées vivent normalement près des côtes, sur des récifs ou des fonds peu profonds, loin du lieu de l’éruption.
Poussé par les vents et les courants, le radeau s’étalait déjà sur environ 270 000 km² le 19 août 2012. Une partie s’est échouée sur les côtes des Tonga et du nord de la Nouvelle-Zélande ; d’autres fragments ont atteint l’Australie près d’un an après l’éruption.
Ce transport d’espèces peut modifier des écosystèmes fragiles, en particulier sur les îles isolées où la faune et la flore ont peu de contacts extérieurs. Rien ne garantit toutefois qu’une espèce transportée s’installe à destination : encore faut-il survivre au voyage, trouver un milieu favorable et se reproduire.
Ces radeaux peuvent aussi gêner la navigation ou endommager certains équipements, avec un effet qui varie selon qu’ils dérivent au large ou qu’ils s’approchent d’un lagon ou d’un port. Un volcanisme sous-marin actif existe également sur des territoires français, notamment au large de Mayotte, où un volcan sous-marin a été découvert ces dernières années.
L’éruption du Havre a émis environ 1,5 km³ de magma rhyolitique, dont plus de 75 % s’est retrouvé sous forme de pierre ponce flottante. Le Smithsonian Institution la classe pourtant en VEI-1, l’échelon le plus faible de l’échelle des indices d’explosivité volcanique, alors que son volume correspond en réalité à un VEI-5.
L’écart illustre les limites de cette échelle face aux éruptions sous-marines profondes. Une expédition menée en 2015 avec un véhicule sous-marin autonome a cartographié le fond de la caldeira du Havre et révélé des blocs de pierre ponce géants, atteignant 9 mètres de diamètre, abandonnés là par l’explosion.








