L’Administration des Parcs nationaux (Parques Nacionales) et la société concessionnaire Iguazú Argentina ont suspendu, ce lundi 12 octobre 2026, l’entrée des visiteurs au Parque Nacional Iguazú, côté argentin. En cause : un débit qui dépassait, dans la matinée, les 12 000 mètres cubes par seconde (m³/s) à travers les 275 sauts d’eau des Cataratas del Iguazú, dans la province de Misiones. Un chiffre proche de neuf fois le débit moyen habituel du fleuve, alerte Clarin.
Dans un communiqué conjoint, l’Intendance du parc et l’entreprise ont annoncé la mise en place d’un « protocole de sécurité préventif », destiné à préserver l’intégrité des visiteurs et des travailleurs. La mesure se traduit par une restriction temporaire de la circulation des personnes et de l’accès aux secteurs à usage public du parc. L’impact de la crue sur les circuits et les infrastructures doit être analysé et inspecté à plusieurs reprises dans la journée.
Une montée des eaux en 48 heures
La progression a été brutale. Samedi 10 octobre au matin, le débit n’atteignait pas encore les 4 000 m³/s. Vingt-quatre heures plus tard, dimanche, il avait grimpé à 8 500 m³/s, avec une eau de plus en plus rougeâtre. Plus tard ce même dimanche, il atteignait déjà 11 500 m³/s, avant de franchir la barre des 12 000 m³/s le lundi matin.
L’eau, couleur chocolat, charrie des particules de terre rouge arrachées au bassin du fleuve. L’impact contre le lit rocheux, après une chute d’environ 80 mètres, produit un bruit assourdissant, et la force du courant a aussi démultiplié la fine bruine qui s’échappe habituellement du canyon.
Aucune restriction côté brésilien
À Foz de Iguazú, côté brésilien, aucune fermeture n’avait été décidée. Les visiteurs ont pu profiter du spectacle dès le matin. Le week-end précédent, 9 000 touristes étaient pourtant entrés dans le parc argentin. Au pont international Tancredo Neves, qui relie les pays, les retards pour franchir la frontière ont atteint jusqu’à trois heures.
La crue est associée aux fortes pluies qui frappent depuis plusieurs jours la région de la Triple Frontière et les hautes cuvettes du río Iguazú, un phénomène lié aux effets d’El Niño, ce réchauffement périodique des eaux du Pacifique équatorial.
Dans le sud de l’Amérique du Sud, El Niño apporte généralement des précipitations supérieures à la normale dans le sud du Brésil, le nord-est de l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Le fleuve parcourant des centaines de kilomètres en territoire brésilien avant d’atteindre les chutes, le décalage entre les pluies et la montée des eaux s’explique par ce long trajet.
Les prévisions n’annoncent une amélioration qu’à partir de jeudi 15 octobre, un blocage atmosphérique devant prolonger les pluies et le temps gris jusque dans la capitale argentine toute la semaine.
Les autorités n’ont pas été prises au dépourvu. Dès le 16 septembre 2026, la Garganta del Diablo, le plus spectaculaire des 275 sauts, avait été fermée pour quarante jours en prévision du risque de crues extraordinaires. L’Intendance et Iguazú Argentina avaient alors démonté par anticipation les passerelles y conduisant, un chantier qui avait mobilisé plus de 40 jours de travail. Les planchers et garde-corps ont été mis en sécurité sur la terre ferme.
L’épisode actuel reste toutefois loin des records. En 2023, le débit avait dépassé les 20 000 m³/s, provoquant le détachement de plus de la moitié de la passerelle. Un an plus tôt, en 2022, un phénomène comparable avait causé des dommages nécessitant des mois de travaux.
Le record absolu remonte à juin 2014, avec environ 46 300 m³/s, près de quatre fois le débit mesuré ce lundi. Ces trois épisodes, en 2014, 2023 et 2026, obligent le parc à composer avec un fleuve capable de multiplier son débit en quelques heures seulement.








