Les États-Unis ont tiré plus de missiles en 3 mois que prévu pour une année entière : les stocks inquiètent le Pentagone

Stocks divisés par deux, délais jusqu’à quatre ans pour les reconstituer : les États-Unis pourraient manquer d’intercepteurs face à l’Iran. Washington dément, mais un sénateur américain doute. Les alliés, eux, s’inquiètent déjà.

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Les États-Unis ont tiré plus de missiles en 3 mois que prévu pour une année entière : les stocks inquiètent le Pentagone
Les États-Unis ont tiré plus de missiles en 3 mois que prévu pour une année entière : les stocks inquiètent le Pentagone © Armees.com

Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, a averti, loin des caméras, le vendredi 24 juillet 2026, qu’une reprise des frappes contre l’Iran épuiserait dangereusement les intercepteurs disponibles dans la région. Ses propos, relayés par le New York Times, visaient en particulier les stocks de Patriot et de THAAD qui protègent les installations militaires américaines dans les pays du Golfe.

Cinq mois après le début du conflit avec l’Iran, la question des réserves de missiles intercepteurs revient au premier plan. Une analyse publiée fin juillet 2026 par le Center for Strategic and International Studies (CSIS) juge que les opérations de défense aérienne menées depuis le début de la guerre ont fortement entamé les stocks américains, une préoccupation qui remonte jusqu’aux plus hautes sphères de l’armée.

Les réserves au moins divisées par deux selon le CSIS

Avant le conflit, les États-Unis disposaient de plus de 2 300 intercepteurs Patriot et de 450 systèmes THAAD. Le CSIS estime que ce stock a été au moins divisé par deux depuis février 2026. Le think tank de Washington qualifie la campagne de défense antiaérienne de majoritairement réussie, avec un taux d’interception élevé bien qu’imparfait, mais souligne qu’elle a nécessité une utilisation massive d’intercepteurs.

Selon l’ancien général de l’OTAN et professeur à Sciences Po Michel Yakovleff, interrogé sur France 24 le mardi 28 juillet 2026, les Américains « auraient consommé, selon le type de missiles, d’un quart à trois quarts de leurs stocks ».

Le délai de reconstitution varie, selon lui, « entre un an et quatre ans » pour retrouver le niveau d’avant-guerre. Il évoque une « très grosse inquiétude » chez les militaires américains depuis le début des frappes.

Washington dément toute pénurie

Interrogé lundi 27 juillet 2026 à bord d’Air Force One, Donald Trump a assuré disposer de munitions suffisantes : « On a beaucoup de munitions », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il aimerait en avoir plus, pour être honnête, mais que les États-Unis avaient tellement donné à l’Ukraine.

Le ministre de la Défense Pete Hegseth a lui aussi écarté les inquiétudes. Le porte-parole du Pentagone Sean Parnell a assuré que l’armée américaine a tout ce dont elle a besoin pour intervenir au moment et à l’endroit choisis par le président. Aucun chiffre officiel n’a toutefois été communiqué.

Le sénateur démocrate Chris Van Hollen a une lecture différente. Il reconnaît que les intercepteurs sont évidemment nécessaires pour protéger les soldats américains, mais rappelle qu’ils en consomment chaque jour, alors qu’ils pourraient être confrontés à d’autres conflits. Une tentative d’attaque surprise avec des missiles balistiques iraniens a d’ailleurs été repoussée par l’armée américaine en début de semaine.

Les frappes américaines, quasi quotidiennes depuis près de deux semaines, ont cessé le samedi 25 juillet 2026. Trump a justifié cette accalmie par une volonté de désescalade, pour laisser de la place à la diplomatie.

Un contrat de 58,6 milliards de dollars avec Lockheed Martin

Trump a annoncé lundi que des usines étaient en cours de construction et que beaucoup d’équipements étaient en cours de fabrication, les Patriots en particulier. Le ministère de la Défense a annoncé fin juillet 2026 un contrat de 58,6 milliards de dollars sur sept ans avec Lockheed Martin pour produire des missiles Patriot, l’entreprise promettant des livraisons à une vitesse inégalée.

Le CSIS rappelle par ailleurs qu’un débit de 850 missiles Tomahawk a été constaté sur les trente premiers jours du conflit et qu’à la fin avril, un tiers du stock de Tomahawk prêts à l’emploi était déjà épuisé, tout comme près de la moitié des munitions clés Patriot et THAAD. Un missile Tomahawk coûte deux millions d’euros et demande deux ans de fabrication.

Les alliés aussi touchés par les délais

Le Japon a commandé 400 missiles de croisière Tomahawk pour environ 2,3 milliards de dollars ; selon Michel Yakovleff, la livraison ne pourrait intervenir qu’en 2030. La Suisse, qui a acheté cinq batteries de Patriot pour environ 2 milliards de francs suisses, n’espère les recevoir au mieux en 2029.

Les membres européens de l’OTAN dépendent des États-Unis pour environ 58 % de leurs importations d’armes, selon le SIPRI. Israël, premier récipiendaire d’aide militaire américaine, pourrait lui aussi ressentir les effets de la tension sur les stocks, d’après le site israélien Ynet.

Washington a livré au total 600 missiles Patriot à l’Ukraine, mais ces livraisons ont cessé il y a un an. « L’Ukraine ne compte plus sur l’Amérique », résume Michel Yakovleff.

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