Renault s’associe à Thales pour un drone militaire : pourquoi un constructeur automobile se lance dans la défense, et ce que ça change

1 000 drones explosifs par mois, fabriqués dans une usine automobile française. Renault et Thales dévoilent leur pari le plus surprenant pour réarmer l’Europe. Comment une carrosserie de voiture devient une arme de guerre ?

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Renault s'associe à Thales pour un drone militaire : pourquoi un constructeur automobile se lance dans la défense, et ce que ça change
Renault s’associe à Thales pour un drone militaire : pourquoi un constructeur automobile se lance dans la défense, et ce que ça change © Armees.com

Renault Group et Thales ont annoncé, mardi 16 juin 2026, un partenariat stratégique destiné à développer une filière drone souveraine en France, confirme Le Monde. Il s’agit de produire, dans une usine française du constructeur automobile, la munition téléopérée Toutatis, conçue par l’électronicien de défense.

L’annonce est tombée au deuxième jour du salon Eurosatory, qui réunit les industriels de la défense à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, jusqu’à vendredi. La production pourrait démarrer en 2027, avec une capacité visée de 1 000 unités par mois dès la première année.

Un drone conçu pour résister au brouillage

Jusqu’ici simple prototype de Thales, Toutatis peut être transporté par un soldat ou déployé depuis des véhicules, des avions ou des navires. Il résiste au brouillage électronique, peut détruire des véhicules blindés et fonctionner en essaim avec d’autres drones. La décision finale de tir reste sous contrôle humain, précise Thales.

Le PDG de Thales, Patrice Caine, a justifié le choix de Renault par une question d’échelle industrielle. « On s’est dit que si on voulait produire en quantité importante, rapidement, probablement des industriels étaient mieux placés que Thales », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que les deux entreprises se sont assez rapidement tournées l’une vers l’autre, se jugeant parfaitement complémentaires.

Le directeur général de Renault, François Provost, décrit un apport réciproque : le constructeur automobile met à disposition « la capacité de faire des objets disruptifs, à des coûts » inférieurs à ceux « d’un industriel de défense, et de fabriquer à grande échelle ».

Dans un communiqué commun aux deux groupes, il précise que Renault apporte au projet « son expertise industrielle et les meilleurs standards de l’industrie automobile pour concevoir, industrialiser et produire à grande échelle, dans des délais raccourcis et à coûts réduits ».

Le contexte géopolitique pèse sur ce rapprochement. L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la remise en question par les États-Unis des alliances héritées de la Seconde Guerre mondiale poussent les pouvoirs publics européens à réfléchir à des moyens de solliciter des industries extérieures à la défense pour accélérer le réarmement du continent.

Renault avait déjà indiqué, en février 2026, avoir répondu aux sollicitations du ministère des Armées français pour contribuer à la réflexion sur des projets pilotés par la Direction générale de l’armement.

Le Mans et Villepinte, deux autres chantiers de défense

Ce partenariat sur Toutatis constitue la deuxième coopération entre Renault et Thales dans la défense, et le deuxième projet du constructeur dans les drones aériens. La veille de l’annonce, lundi 15 juin, les deux entreprises avaient déjà présenté ensemble le prototype 4 Troop, un véhicule quatre roues motrices capable d’embarquer un centre de commandement et des drones de reconnaissance.

Il peut être construit à partir d’une carrosserie de voiture Rafale ou de fourgon Trafic, et embarque les capacités de communication développées par Thales dans le cadre du programme Scorpion.

Renault mène par ailleurs le projet Chorus avec le droniste Turgis Gaillard, portant sur un drone longue portée. Un premier démonstrateur est attendu d’ici la fin de l’année 2026, avant une production prévue de 600 drones par mois dans l’usine Renault du Mans, en Sarthe, spécialisée jusqu’ici dans les châssis automobiles.

Renault rappelle toutefois que son cœur de métier reste et restera la conception, la production et la distribution automobile.

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