La Direction générale de l’armement s’apprête à notifier prochainement la réalisation du programme IRIS, « Instruments de renseignement et d’imagerie spatiale », à deux industriels : Airbus Defence and Space, branche défense et espace du groupe européen Airbus, et Thales Alenia Space, filiale spatiale de Thales et de l’italien Leonardo.
La commande porte sur deux satellites militaires d’observation et leur segment sol, les installations terrestres qui piloteront les engins et traiteront les images. Son montant dépasserait 1 milliard d’euros, un chiffre que ni la DGA ni les deux industriels n’ont confirmé, pas plus que la date exacte de la notification, selon les révélations du quotidien La Tribune.
Un calendrier repoussé de cinq ans
IRIS a été lancé en phase de préparation en juillet 2019, pour anticiper le remplacement de la Composante spatiale optique (CSO). La programmation initiale prévoyait un premier satellite avant la fin de 2030. La loi de programmation militaire actualisée, promulguée le 16 août 2026, a repoussé cette cible à 2035, avec deux satellites IRIS à cet horizon, après le maintien de deux satellites CSO en service jusqu’à fin 2030.
Le contrat qui s’apprête à être signé couvre les phases C, D et E du programme : conception détaillée et fabrication, essais, puis mise en service. Il laisse environ neuf ans aux industriels pour concevoir, fabriquer et mettre en orbite les deux engins, baptisés EHRmin puis EHRmax, ce dernier étant plus puissant.
En décembre 2023, la DGA avait déjà confié à Airbus et Thales Alenia Space une phase B consacrée aux technologies, pour 170 millions d’euros. Entre cette étape et la commande actuelle, la mise financière est multipliée par environ six, et son objet change : il s’agissait alors de développer des technologies, il s’agit désormais de payer les satellites eux-mêmes et le réseau au sol.
Le programme a frôlé l’abandon
Le programme a été gelé plusieurs mois en raison d’un doute interne au ministère des Armées, selon La Tribune. Certains responsables envisageaient de renoncer à de nouveaux satellites patrimoniaux au profit de services d’imagerie achetés à des opérateurs commerciaux. Aucun document public ne mentionne de décision d’abandon, mais le calendrier a bien été décalé et l’architecture révisée.
La ministre des Armées Catherine Vautrin a défendu ce décalage au printemps 2026, lors des débats parlementaires sur l’actualisation de la LPM. Elle a expliqué que les calendriers d’IRIS et de CELESTE, le futur système français de renseignement électromagnétique par satellite, avaient été aménagés « pour prendre en compte la consolidation du besoin opérationnel et le temps nécessaire aux industriels pour développer les technologies associées ».
La ministre a ajouté que l’ambition initiale restait entière, avec l’achat de données commerciales et, en 2029, un démonstrateur d’imagerie radar destiné à faire la jonction avant les nouvelles capacités de la décennie 2030.
Trois satellites CSO encore en service
La constellation actuelle compte trois satellites. CSO-1 et CSO-2 ont été mis en orbite en décembre 2018 et décembre 2020 ; CSO-3 a décollé le 6 mars 2025 à bord d’Ariane 6, inaugurant les vols commerciaux du nouveau lanceur lourd européen. CSO-1 et CSO-3 évoluent à environ 800 kilomètres d’altitude pour la reconnaissance de larges zones, tandis que CSO-2 orbite à environ 480 kilomètres pour l’imagerie à très haute résolution.
La Direction du renseignement militaire estime que CSO restera en service « encore au moins dix ans », ce qui amènerait CSO-3 jusqu’à l’horizon 2035, celui fixé par la loi pour IRIS. Pour compenser le passage de trois à deux satellites, le ministère mise sur l’achat de données commerciales, l’intégration de la constellation civilo-militaire CO3D, et une capacité radar : le Centre national d’études spatiales doit lancer en 2029 un démonstrateur nommé DESIR, avant une capacité opérationnelle en 2035.
Airbus et Thales Alenia Space reconduits
La répartition industrielle reprend celle du programme CSO. Airbus Defence and Space assurera la maîtrise d’œuvre d’ensemble et la réalisation du segment sol, tandis que Thales Alenia Space prendra en charge les instruments optiques des deux satellites. C’est exactement l’attelage formé en 2018 pour les satellites actuels, qui donne désormais à Airbus, Thales Alenia Space et leurs fournisseurs une visibilité jusqu’au milieu de la prochaine décennie.
Le spatial militaire reçoit 3,9 milliards d’euros supplémentaires
La LPM actualisée, promulguée le 16 août 2026, ajoute 36 milliards d’euros de ressources aux armées sur la période 2026-2030. Le spatial militaire en reçoit 3,9 milliards, soit 65 % de plus que dans la programmation antérieure. Sur l’ensemble de la LPM 2024-2030, l’effort consacré à l’espace atteint 10,1 milliards d’euros, une enveloppe qui finance aussi les communications satellitaires, la surveillance de l’espace et l’imagerie radar.
Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, avait pourtant déploré des retards lors de l’examen du projet d’actualisation de la LPM : il avait indiqué que, sur le volet spatial, les relèves sur le renseignement électromagnétique et le renseignement image étaient alors à risque, des retards étant intervenus.
Il avait précisé que la DGA travaillait activement avec les industriels pour prolonger les satellites actuels afin d’éviter toute rupture capacitaire. D’ici 2035, la DGA devra mener de front ce maintien, l’achat d’images commerciales et la construction des deux satellites IRIS.








