Des navires russes chargés de chars émergent au sud de la Sicile, un avion italien décolle en réaction

Trois navires russes, l’AIS coupé, une cargaison mystère débarquée à Tobrouk. Six bases militaires en construction en Libye. Pourquoi l’Italie surveille-t-elle chaque mouvement de près ?

Publié le
Lecture : 3 min
Des navires russes chargés de chars émergent au sud de la Sicile, un avion italien décolle en réaction
Des navires russes chargés de chars émergent au sud de la Sicile, un avion italien décolle en réaction © Armees.com

Des véhicules blindés transportés depuis la Russie ont été déchargés dans le port libyen de Tobrouk, dans l’est du pays. Des images satellite Sentinel-2 du 13 septembre montrent le cargo Anastasiia à quai, le Yuriy Arshenevskiy à l’entrée du port, et l’Aleksandr Shabalin, navire de débarquement de classe Ropucha, plus au large.

Le convoi, composé de trois navires, avait été repéré en Méditerranée centrale le 10 septembre par un avion de patrouille maritime P-72A de l’armée de l’air italienne, décollé de la base de Sigonella, en Sicile. Les trois bâtiments avaient coupé la transmission publique de leurs données de position via le système AIS, rendant leur destination incertaine jusqu’à leur arrivée à Tobrouk.

La nature de la cargaison a été reconstituée grâce à des images satellite antérieures, prises le 13 août dans la base navale russe de Baltiïsk, dans l’enclave de Kaliningrad. On y distingue des camions Ural à usage logistique sur le pont de l’Anastasiia, et plusieurs véhicules blindés près du Yuriy Arshenevskiy, identifiés comme des véhicules de transport de troupes (APC) et des véhicules protégés contre les mines et les embuscades (MRAP).

Ni Moscou ni Tripoli n’ont commenté le contenu de cette livraison, ni sa destination finale après Tobrouk, ville contrôlée par les troupes du général Khalifa Haftar.

Le lendemain, un avion espion américain, un Bombardier Challenger 650 immatriculé N159L, a multiplié les boucles au large de Tobrouk avant de reprendre la direction de la Roumanie. L’analyse des images satellite provient de groupes de renseignement en sources ouvertes, relayée notamment par l’agence de presse Nova.

Tobrouk n’en est pas à son premier arrivage : en avril 2024, des navires russes y avaient déjà débarqué de l’artillerie, des véhicules blindés, des camions et des systèmes de lance-roquettes.

Le passage du convoi a coïncidé avec la visite à Tripoli, le 10 septembre, du chef d’état-major de la Défense italienne, Luciano Portolano, venu s’entretenir avec la direction militaire libyenne. Les deux parties ont convenu d’approfondir leur coopération militaire, sur la formation, la cyberdéfense et les forces spéciales.

Un réseau de bases russes qui s’étend à l’est et au sud

La présence militaire russe en Libye s’est étendue progressivement à l’est et au sud du pays, structurée autour de l’Afrikanskij Korpus, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense et regroupant une partie des activités autrefois attribuées au groupe Wagner.

Sur la base d’images satellite, des analystes estiment que cette présence couvre au moins six bases aériennes libyennes, al-Khadim, al-Jufra, al-Qardabiya, Tamanhint, Brak al-Shati et Maaten al-Sarra, où des travaux d’agrandissement (pistes, hangars, hébergements) sont visibles. Tobrouk représente un accès supplémentaire à la Méditerranée pour ce dispositif, ce qui rend le sujet sensible pour l’Italie compte tenu de sa position géographique.

Pour Rome, il ne s’agit pas d’une menace directe des navires russes sur le territoire italien, mais de la constitution par Moscou d’un dispositif militaire sur le flanc sud de la Méditerranée, dans un pays jugé stratégique par l’Italie. Portolano a déclaré, lors de sa visite à Tripoli, que la Libye restait un pays décisif pour la protection des intérêts vitaux et stratégiques de l’Italie.

Il a cité la lutte contre le terrorisme, les trafics illégaux et l’immigration irrégulière, ainsi que la sécurisation des infrastructures énergétiques et l’approvisionnement en gaz et en pétrole libyens. L’Italie est présente sur place via la mission bilatérale MIASIT, qui forme les forces de sécurité libyennes, et participe à la mission européenne EUNAVFOR MED Irini, chargée de surveiller l’embargo sur les armes imposé par les Nations unies.

La marine italienne présente la surveillance des unités russes et des navires de la flotte fantôme comme une composante permanente de son activité en Méditerranée. L’amiral Giuseppe Berutti Bergotto, chef d’état-major de la marine italienne, avait déclaré, dans un entretien au Corriere della Sera en janvier 2026, qu’ils savaient où se trouvaient les navires russes et ce qu’ils faisaient en général, que la Méditerranée était divisée en zones de responsabilité de l’OTAN, et que tous les navires russes et tous les sous-marins russes en Méditerranée étaient surveillés.

Un autre convoi russe, composé de quatre navires, a atteint début septembre le port syrien de Tartous, où Moscou maintient une présence militaire au titre d’un nouvel accord avec Damas. L’agence Reuters a confirmé l’arrivée de ces bâtiments le 7 septembre et le débarquement de matériel qui a suivi.

Laisser un commentaire

Share to...