Le HMAS Waller a réussi ce que peu de bâtiments parviennent à faire : s’infiltrer, sans se faire repérer, dans le dispositif de défense d’un porte-avions nucléaire américain. Le sous-marin australien de classe Collins a pris une photo de sa cible, preuve à l’appui qu’il se trouvait en position de tir.
Dans les règles de l’exercice, cela équivalait à une destruction simulée. Le bâtiment visé n’était pas n’importe lequel : l’USS Abraham Lincoln (CVN-72), porte-avions à propulsion nucléaire de l’US Navy.
L’épisode s’est déroulé au début des années 2000, lors de jeux de guerre multinationaux organisés par les États-Unis autour d’Hawaï et dans les eaux au nord de l’Australie. Selon le compte-rendu de l’Australian Financial Review, le Waller « a évité les forces américaines, japonaises, canadiennes, chiliennes, coréennes et britanniques » et a fourni la preuve photographique qu’il se trouvait à portée de tir de torpille d’une prise américaine majeure et fortement défendue.
Un rôle d’adversaire endossé en cours d’exercice
Le scénario était particulier. Le HMAS Waller s’était d’abord intégré à un groupe aéronaval américain, avant de basculer dans le rôle du sous-marin ennemi chargé de percer les défenses adverses. Ce n’était pas un coup isolé : au fil de plusieurs exercices multinationaux menés au début des années 2000, les sous-marins de classe Collins ont enregistré d’autres « kills » simulés contre des navires de l’US Navy, y compris des frappes de torpilles fictives contre un porte-avions et contre des sous-marins d’attaque nucléaires.
Les médias australiens ont salué la performance. Mais ils ont aussi rappelé, à l’époque, que cet exploit ne préjugeait pas forcément des capacités réelles du sous-marin dans un scénario de conflit véritable.
Une source navale, citée par l’Australian Financial Review, a d’ailleurs tempéré l’enthousiasme : « aucun des deux exploits ne constitue un indicateur utile de performance, à moins de comprendre le contexte complet ».
Un ancien officier, cité par le même média, a relativisé la portée symbolique du geste : photographier des porte-avions est un passe-temps de sous-marinier, a-t-il expliqué, et les exercices sont conçus pour que tout le monde reparte satisfait.
Une classe controversée à ses débuts
Les sous-marins de classe Collins sont entrés en service dans la Royal Australian Navy à la fin des années 1990, en remplacement de la classe Oberon, jugée moins performante que ses équivalents britanniques et américains. Le début a été difficile : bruit important en immersion, problèmes mécaniques, difficultés opérationnelles.
Canberra a ensuite modernisé les bâtiments et renforcé la formation des équipages, ce qui a redonné de la crédibilité à cette flotte, autant en interne qu’à l’international, grâce justement à ce type de performances lors d’exercices multinationaux.
En 2021, l’Australie a annoncé un partenariat de défense trilatéral avec le Royaume-Uni et les États-Unis, baptisé AUKUS. L’accord marque seulement la deuxième fois que Washington partage sa technologie de propulsion nucléaire, considérée comme le joyau de sa dissuasion. Il enterre au passage un contrat conclu en 2016 avec le français Naval Group, portant sur douze sous-marins diesel-électriques dérivés de la classe Barracuda.
Les propositions britannique et américaine se sont révélées trop attractives pour être refusées, et doivent offrir à terme à l’Australie une flotte à endurance illimitée. La décision a provoqué la consternation à Paris. Le président Emmanuel Macron a accusé l’Australie de tromperie et de trahison, dénonçant un stab in the back, un coup de poignard dans le dos, et affirmant que Canberra avait négocié AUKUS en parallèle de l’accord français, de mauvaise foi.
Naval Group aurait appris l’échec de son contrat quelques heures seulement avant l’annonce publique, selon des informations rapportées. L’Australie, de son côté, a justifié sa décision par une nécessité stratégique.
En attendant les futurs sous-marins nucléaires de classe Virginia et de classe SSN-AUKUS, Canberra doit élargir sa base industrielle de défense et former ses marins aux exigences de la propulsion nucléaire. La classe Collins restera donc en service jusqu’à la fin des années 2030, dans le cadre d’un programme complet de prolongation de durée de vie.
Le porte-avions américain visé lors de l’exercice était évalué à 5,5 milliards de dollars ; le sous-marin australien qui l’a coulé, à 850 millions de dollars.








