Sur le tarmac de la base aérienne d’Eglin, en Floride, un F-16 modifié a décollé sans qu’aucune main humaine ne touche les commandes pendant la majeure partie du vol. Un pilote d’essai restait bien installé dans le cockpit, mais son rôle se limitait à surveiller le comportement du logiciel et à reprendre la main en cas de problème.
L’agence américaine de recherche pour la défense, la DARPA, a annoncé le succès de cet essai, qu’elle présente comme un pas de plus dans le pilotage autonome d’aéronefs de combat.
L’armée décrit ce fonctionnement comme une supervision continue de l’humain sur la machine, plutôt qu’un pilotage automatique classique. L’opérateur ne dirige pas chaque mouvement de l’appareil, mais garde la possibilité d’interrompre le système à tout instant, d’un simple geste.
Un F-16 transformé en banc d’essai
L’appareil appartient au programme VENOM (Viper Experimentation and Next-generation Operations Model), piloté conjointement par l’US Air Force et la DARPA. Un F-16 de série a été converti pour recevoir un kit d’autonomie dédié, avec une interface inédite regroupant les commandes de vol et les systèmes de mission. L’intérêt de cette approche : tester successivement plusieurs logiciels d’autonomie sur du matériel proche de celui réellement engagé au combat.
Le général James Valpiani, qui supervise le programme à la DARPA et doit quitter ses fonctions dans les prochaines semaines selon les informations communiquées par le média Slate, a jugé que ces vols permettent de bâtir une base technique solide.
« Ces essais de vol promettent de faire progresser les infrastructures nécessaires au développement de capacités de combat aérien autonomes et fiables », a-t-il déclaré. Son successeur, le lieutenant-colonel Patrick « Dice » Highland, insiste de son côté sur l’objectif de coordonner plusieurs appareils autonomes simultanément, pour des missions menées au-delà de la portée visuelle d’un pilote.
« Ces vols nous donnent un premier aperçu de la façon dont les agents IA pourraient commencer à transformer activement la guerre aérienne », a-t-il ajouté.
Ce test intervient quelques mois après qu’un logiciel d’IA identique a piloté un autre appareil lors d’un combat aérien simulé contre un F-16. Ce précédent remonte au programme Air Combat Evolution, lancé par la DARPA en 2018. En septembre 2023, il avait débouché sur la première confrontation aérienne réelle entre une intelligence artificielle et un pilote humain, tous deux aux commandes d’un F-16, au-dessus de la base aérienne d’Edwards, en Californie.
L’appareil utilisé, baptisé X-62A VISTA, restait toutefois un simulateur de vol unique, conçu pour reproduire le comportement d’autres avions, à la différence du F-16 de VENOM.
Vers des essaims d’avions sans pilote
Les avions du programme VENOM doivent désormais rejoindre un programme d’évaluation plus large, destiné à tester plusieurs agents IA en conditions de vol réelles. Terry Wilson, directeur adjoint du programme, ne cache pas son impatience de voir la technologie quitter les simulateurs : « J’ai hâte de faire sortir la plateforme VENOM de la simulation et de l’envoyer dans le ciel », a-t-il confié.
L’US Air Force affiche l’ambition de disposer à terme d’environ un millier d’avions dotés de capacités autonomes, appelés à voler aux côtés des chasseurs pilotés par des humains. Cette filière alimente aussi le programme Collaborative Combat Aircraft, consacré à des drones d’escorte peu coûteux destinés à accompagner les F-35 et le futur F-47.
Les données recueillies lors des vols VENOM, gestion d’une formation, exécution d’un passage d’armement, fusion des informations de vol, servent directement à la conception de ces drones.
L’écart de coût entre un missile air-air de type AMRAAM, qui se chiffre en centaines de milliers de dollars, et un drone explosif bon marché explique en partie cet engouement pour des plateformes aériennes autonomes. Selon les prévisions communiquées par le Pentagone, les premiers appareils issus de ce programme pourraient entrer en service d’ici 2028.
Le général Valpiani reconnaît que de nombreuses questions éthiques restent en suspens sur la fiabilité de l’IA dans le chaos de la guerre moderne.








