Pourquoi l’armée de l’Air va devoir commander beaucoup plus de Rafale que prévu : la dissuasion nucléaire change tout

80 % des Rafale mobilisés en même temps, du jamais-vu. Le chef d’état-major parle de « tension palpable » et réclame 230 appareils. Manque de moyens, missions qui explosent : la flotte française tient-elle encore le choc ?

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Pourquoi l'armée de l'Air va devoir commander beaucoup plus de Rafale que prévu : la dissuasion nucléaire change tout
Pourquoi l’armée de l’Air va devoir commander beaucoup plus de Rafale que prévu : la dissuasion nucléaire change tout © Armees.com

« Nous surutilisons les Rafale. Polyvalence ne rime pas avec ubiquité. » Devant les sénateurs en mai 2026, le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace (CEMAAE), a livré un constat sans détour. En mars ou avril 2026, l'AAE a pour la première fois utilisé en l'air près de 80 % de son aviation de chasse au même moment, avec en particulier l'opération Poker, un exercice lié à la dissuasion, et sa mobilisation au Proche et Moyen-Orient.

Par ailleurs, l'armée surutilise ses Rafale à hauteur de 15 %, une réalité que Bellanger décrit comme « une tension palpable, tant à l'entraînement que sur des missions réelles », rapporte RAIDS. Fin mai 2026, la situation ne s'était pas améliorée par rapport à juillet 2025.

Deux facteurs expliquent ce déséquilibre. La cession de 24 Rafale d'occasion à la Grèce et à la Croatie a réduit le nombre d'appareils disponibles. Dans le même temps, les missions confiées à l'AAE se sont multipliées : soutien à l'Ukraine et aux pays exposés à la Russie, engagement en Méditerranée orientale, maintien de la posture nationale.

L'armée dispose de 185 avions de combat, Rafale et Mirage 2000 confondus. Bellanger réclame une flotte portée à 230 appareils pour tenir sereinement les contrats opérationnels.

Un format jugé insuffisant, une LPM qui ne bouge pas

Le format actuel de la trame chasse est jugé trop juste depuis plusieurs années par les chefs d'état-major successifs de l'AAE, lors d'auditions parlementaires répétées. La Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 actualisée, adoptée par le Parlement en juillet 2026, n'a pourtant pas modifié ce format : il reste fixé à 225 avions de combat à l'horizon 2035, dont 185 pour l'AAE et 40 pour la Marine nationale. Le texte met l'accent sur la « cohérence » et renvoie la question des formats à plus tard.

La livraison de 20 Rafale F4, prévue initialement en 2031-2032, est en revanche décalée à 2033-2034, pour permettre à ces appareils d'être directement portés au standard F5. L'objectif : que les Forces aériennes stratégiques (FAS) puissent mettre en œuvre le futur missile ASN4G en 2035.

Selon le rapport annexé au projet de loi, 47 Rafale F5 devront avoir été livrés d'ici cette date. Le nombre d'A330 MRTT, les avions ravitailleurs des FAS, reste lui bloqué à 15 appareils.

Bellanger a averti que si l'armée n'est pas en mesure de produire des Rafale F5 avant 2033, il faudra se rabattre sur le Rafale F4, « à moins de revoir les contrats opérationnels de l'armée de l'Air et de l'Espace sur le segment chasse ».

Les propositions de budget pour 2026, pas encore entérinées, prévoient une commande de 52 Rafale supplémentaires, Air et Marine confondus, à partir de 2027. Le cycle de production d'un Rafale dure en moyenne trois ans.

Le sujet prend une résonance particulière depuis le discours d'Emmanuel Macron sur la « dissuasion nucléaire avancée », un mois avant le dévoilement du projet de LPM actualisée. Le président a annoncé avoir ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de l'arsenal français, sans en préciser l'ampleur. La base aérienne 116 de Luxeuil, dont les marchés préliminaires de modernisation ont été récemment notifiés, retrouvera sa vocation nucléaire avec deux escadrons de Rafale F5.

Pour Bellanger, cette évolution ne restera pas sans conséquence sur les moyens aériens. Il a expliqué que le rehaussement de l'arsenal nucléaire entraînerait mécaniquement une révision du format à la fois des avions porteurs de l'arme nucléaire, des avions qui protègent le porteur de l'arme nucléaire, le Rafale monoplace, et pourquoi pas de l'avion ravitailleur. Interrogé sur le nombre d'appareils supplémentaires nécessaires, il s'est contenté de répondre qu'il en faudrait beaucoup plus.

Le général a précisé que la question du format de l'aviation pilotée devra être examinée en parallèle de celle des drones de combat collaboratif, sans qu'il y ait de rapport strict entre les deux. Il cite l'exemple américain, où l'on retient un rapport d'environ cinq drones pour un avion de chasse.

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