Le détroit d’Ormuz revient au centre des discussions entre l’Iran et les États-Unis. Téhéran assure avoir fait parvenir à Washington plusieurs exigences par l’intermédiaire du Qatar. La reprise complète de la navigation reste liée, côté iranien, à un règlement plus large du conflit. Une position qui maintient une forte incertitude sur l’un des principaux axes du commerce énergétique mondial.
L’Iran lie le détroit d’Ormuz à un règlement politique plus large
Le dossier du détroit d’Ormuz dépasse désormais largement la seule question de la circulation des pétroliers. Les autorités iraniennes veulent inscrire sa réouverture dans une négociation globale avec les États-Unis. Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a expliqué dans un entretien accordé à Al Jazeera le 19 septembre que les propositions de Téhéran avaient été transmises à Washington par l’intermédiaire du Qatar. Parmi les principales demandes figurent l’arrêt des hostilités sur les différents fronts régionaux, la libération d’avoirs iraniens gelés et la fin du dispositif naval américain visant les ports iraniens. L’Iran réclame également l’arrêt des attaques américaines contre son territoire et de ce qu’il considère comme une ingérence dans ses affaires intérieures. Le président du Parlement iranien et négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf a ensuite confirmé que Téhéran ne prévoyait pas de revenir au régime antérieur de navigation tant que ses conditions et les engagements qu’il attribue à Washington ne seraient pas respectés.
Cette nouvelle séquence intervient après plusieurs mois de conflit et une tentative d’accalmie qui n’a pas débouché sur un règlement durable. Les affrontements ont commencé à la fin du mois de février après des frappes israéliennes et américaines contre l’Iran. Un protocole conclu à la mi-juin avait ensuite réduit l’intensité des combats et facilité une reprise partielle des passages maritimes. L’Energy Information Administration américaine avait constaté en juillet une hausse du trafic après cet accord. Mais l’arrangement intérimaire est arrivé à expiration en août et les incidents autour du détroit d’Ormuz se sont de nouveau multipliés. Les positions restent donc éloignées. Les conditions énoncées par Téhéran constituent pour l’instant des demandes iraniennes et non les termes d’un nouvel accord accepté par les États-Unis. Au 21 septembre, Washington n’avait pas officiellement annoncé accepter ce cadre.
Le Qatar et le Pakistan tentent de préserver une voie diplomatique
La diplomatie régionale s’active parallèlement pour éviter une nouvelle escalade. Le Qatar occupe une place centrale dans les échanges indirects. Son ministère des Affaires étrangères avait déjà confirmé au mois de juin l’existence de discussions techniques et présenté la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz comme l’un des sujets prioritaires des négociations. Doha défend le principe d’un passage maritime sans entrave dans cette voie internationale. Le 20 septembre, le porte-parole de la diplomatie qatarie Majed Al-Ansari a indiqué que plusieurs propositions étaient échangées depuis près de deux semaines afin de favoriser une reprise des discussions entre Washington et Téhéran. Selon lui, les médiateurs qataris poursuivent leurs contacts entre différentes capitales et ont reçu des responsables américains l’assurance que Washington souhaitait parvenir à un accord. Le Pakistan reste lui aussi impliqué. Islamabad affirme continuer à soutenir une médiation et considère que le cadre élaboré lors des précédentes négociations peut encore servir de base à une désescalade. Le ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi devait également se rendre à Téhéran pour poursuivre les consultations régionales.
L’enjeu dépasse toutefois largement les relations entre l’Iran et les États-Unis. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux points de passage énergétiques de la planète. Avant la crise actuelle, les flux de pétrole y atteignaient 20,9 millions de barils par jour au premier semestre 2025, selon l’Energy Information Administration, soit environ un cinquième de la consommation mondiale de produits pétroliers. La perturbation de 2026 a radicalement modifié ces volumes. Les données de l’agence américaine montrent que les flux pétroliers sont passés de 21,6 millions de barils par jour au quatrième trimestre 2025 à seulement 4,9 millions au deuxième trimestre 2026. Les expéditions de gaz naturel liquéfié ont, elles aussi, fortement reculé, de 10,5 à 0,8 milliard de pieds cubes par jour sur la même période. Même si les exportateurs du Golfe ont développé des solutions alternatives et que certains navires continuent de franchir le passage, l’EIA estimait encore en septembre que les contraintes sur le trafic devraient persister jusqu’au quatrième trimestre 2026. Les dernières données maritimes rapportées par Reuters témoignent également d’un trafic très inférieur aux niveaux observés avant la guerre.
La question du détroit d’Ormuz devient ainsi l’un des principaux leviers des négociations en cours. Pour Téhéran, une normalisation complète doit accompagner des concessions américaines plus larges. Washington conserve de son côté une forte pression économique et militaire tout en laissant ouverte la possibilité de nouvelles discussions. Le Qatar et le Pakistan tentent désormais de rapprocher ces deux positions. Les prochains échanges diplomatiques, notamment autour de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, pourraient fournir un nouveau cadre de discussions. Dans l’intervalle, la circulation des hydrocarbures reste exposée aux tensions militaires et politiques régionales, avec des répercussions directes sur les coûts de transport et les marchés mondiaux de l’énergie.








