Des données de vol erronées, transmises par un avion militaire, seraient à l’origine du chaos qui a paralysé le trafic aérien britannique. C’est ce qu’affirme le Financial Times, qui a recueilli les explications de quatre personnes informées de l’incident. La panne a provoqué l’annulation de plus de 2 000 vols le mardi de la semaine précédente, perturbant des centaines de milliers de passagers à travers le pays.
Selon ces sources, un plan de vol soumis par l’appareil militaire aurait introduit dans le système des données qualifiées d’aberrantes. Ce plan de vol aurait déclenché un effondrement en cascade des systèmes de contrôle aérien exploités par Nats, le National Air Traffic Services, resté bloqué pendant quatre heures sans qu’aucune solution ne soit trouvée dans l’immédiat.
Une chaîne d’appels et l’absence de sauvegarde
Sur place, Kathryn Leahy, responsable des opérations chez Nats, a dû joindre en urgence les responsables opérationnels de nombreux aéroports et compagnies aériennes. Le ton serait monté d’un cran lorsqu’elle leur a annoncé que le système de traitement des vols ne disposait d’aucune sauvegarde dédiée.
L’explication tient à la refonte complète des systèmes actuellement menée par Nats : dupliquer l’ensemble des données conservées coûterait, selon les informations recueillies, des sommes considérables au vu du volume traité.
Martin Rolfe, directeur général de Nats, a écarté l’hypothèse d’une cyberattaque un temps envisagée. Il a également relativisé le risque de récidive, estimant qu’un même type d’incident ne s’était jamais reproduit deux fois en cinquante ans d’exploitation, et que la panne représentait donc quelque chose de différent de ce qui avait été observé jusqu’ici.
Rolfe est convoqué par la secrétaire aux Transports Heidi Alexander, qui doute que la panne ait été inévitable. Elle lui aurait laissé une semaine pour produire un rapport sur les causes de l’incident, tout en commandant un examen indépendant à la Civil Aviation Authority (CAA). Cette enquête doit livrer ses conclusions sous six mois, et Nats doit de son côté publier un rapport dès la semaine suivante.
Ce n’est pas la première fois que Nats se retrouve sous surveillance. En août 2023, un problème technique avait déjà retardé près de 1 600 vols, entraînant 34 recommandations de la CAA pour renforcer les systèmes, toutes censées avoir été pleinement mises en œuvre depuis.
La pression monte aussi du côté des compagnies aériennes, qui réclament le départ de Rolfe. Le directeur général de Ryanair, Michael O’Leary, l’accuse ouvertement de mentir pour sauver sa peau et juge sa position intenable. Selon lui, de nouvelles enquêtes ou auditions parlementaires ne serviraient à rien : il estime qu’il n’y a pas besoin de plus d’enquêtes, de plus de rapports, ni d’une nouvelle audition devant une commission parlementaire où Martin Rolfe promettra du changement, de la résilience et un système de sauvegarde efficace.
Une personne proche du dossier, citée par le Financial Times, tempère toutefois l’idée de sanctions immédiates : il serait injuste de licencier quelqu’un tant que les causes exactes de l’incident ne sont pas établies.
Des avions bondés sont restés cloués au sol pendant plus de quatre heures, en attente d’informations. Plusieurs vols à destination du Royaume-Uni ont dû être déroutés, certains contraints d’atterrir en Allemagne. Malgré l’ampleur du chaos, les passagers concernés ne devraient probablement obtenir aucune compensation, les retards étant rangés dans la catégorie des circonstances extraordinaires.
Le ministère de la Défense affirme de son côté ne voir aucune indication d’une erreur commise par les militaires, jugeant prématuré tout commentaire supplémentaire tant que l’enquête de Nats n’est pas conclue. Rolfe a présenté ses excuses aux passagers affectés par la panne.








