La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié cet été 2026 plusieurs contrats à quatre industriels, Dassault, MBDA, Safran et Thales, en amont du lancement de la réalisation du standard F5 du Rafale. Ces marchés portent sur une série d’équipements appelés à transformer en profondeur l’avion de chasse français.
Ce nouveau standard est attendu entre 2033 et 2035 au sein de l’armée française. Sa qualification doit intervenir à l’horizon 2033, avant une mise en service d’abord dans l’armée de l’Air et de l’Espace, puis dans la Marine nationale. Selon la Loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée, 47 Rafale F5 devront avoir été livrés d’ici à 2035 à l’armée de l’Air et de l’Espace, en particulier aux Forces aériennes stratégiques.
Le projet est devenu prioritaire pour Paris après l’abandon, en juin 2026, du programme européen Scaf, le Système de combat aérien du futur que Dassault portait pour la France aux côtés d’Airbus, représentant l’Allemagne et l’Espagne.
Radar, guerre électronique et nouveau moteur
Thales a reçu la notification pour un nouveau système de liaison de données, baptisé Inter-Vehicle Data Link, qui offrira une connectivité élargie grâce à une forme d’onde haut débit décrite par la DGA comme discrète et résistante au brouillage. L’objectif est de permettre à l’appareil de pénétrer des zones hostiles truffées de brouilleurs tout en conservant des échanges de qualité entre aéronefs.
Toujours confié à Thales, un nouveau radar RBE2-XG bénéficiera d’une forte augmentation de puissance et donc de sa portée de détection, avec des progrès attendus dans l’identification de cibles à très faible surface équivalente radar. Ses capacités de calcul seront renforcées pour davantage d’intelligence artificielle, dans une logique de combat collaboratif où les capteurs travaillent entre eux sans intervention du pilote, précise la DGA.
Le système d’autoprotection Spectra, lui, a été notifié conjointement à Thales et MBDA. Le passage au tout numérique doit permettre une rénovation complète du cœur de guerre électronique, avec une détection et un brouillage sensiblement améliorés pour répondre à la densification et à la complexification des menaces attendues à l’horizon 2035.
Safran de son côté a reçu la notification de la phase de conception préliminaire du nouveau moteur M88 T-REX, une mise à jour majeure censée porter la poussée maximale de 7,5 à 9 tonnes, soit une hausse de 20 %.
Le moteur conservera la faible consommation du M88-2 tout en gagnant en modularité, ce qui doit faciliter le remplacement rapide de composants et réduire les temps d’immobilisation des appareils. Le nouveau standard doit également emporter le futur missile air-sol nucléaire de 4e génération, et un drone de combat devrait accompagner cette version du Rafale.
Devant le Sénat, le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, a résumé l’ampleur du changement attendu : « et il marquera un changement de paradigme autour de la connectivité et de la puissance de calcul qu’il pourra déployer, donc du traitement de la donnée. »
Trappier écarte tout codéveloppement avec l’étranger
Fin août 2026, le PDG de Dassault, Éric Trappier, a requalifié le projet en super Rafale. Dans un entretien à BFM Business, lors des Rencontres des entrepreneurs de France à Paris, il a confirmé le calendrier : « C’est pour être au rendez-vous de 2033, 2035. »
Trappier a aussi tranché la question industrielle : il n’y avait pas, en août 2026, de codéveloppement avec des pays étrangers, mais qu’il s’agit d’un standard et d’un avion, l’avion étant un peu plus développé, qu’on pourra proposer à partir de 2035 à l’exportation.
Il a justifié ce choix en écartant l’idée d’un rapprochement capitalistique avec un autre constructeur : « Pourquoi faire un regroupement capitalistique pour faire un avion si on sait déjà faire un avion avec un seul constructeur ? » Des coopérations restent envisageables à l’avenir, a-t-il ajouté, mais sans fusion industrielle, et à l’initiative de Dassault : « On peut faire des coopérations. C’est ce qu’on proposera. »








