Bruxelles, 1er mai 2025 — L’annonce tant attendue est désormais officielle : seize États membres de l’Union européenne ont demandé, à la date butoir du 30 avril 2025, à être exemptés des règles de stabilité budgétaire pour pouvoir accroître significativement leurs dépenses militaires. Une disposition rendue possible par le Livre blanc pour la défense présenté en mars par la Commission européenne, et qui marque une rupture majeure dans l’histoire budgétaire et stratégique de l’UE.
Un tournant historique pour la Défense européenne ?
La Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, le Danemark, l’Allemagne, l’Estonie, la Grèce, la Croatie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, le Portugal, la Slovénie, la Slovaquie et la Finlande se sont rangés derrière cette initiative. Douze d’entre eux ont d’ores et déjà formalisé leur demande, et les quatre autres se sont engagés à suivre. Une première européenne.
Une clause d’exemption des critères de Maastricht
La clause d’exemption demandée par les États membres de l’Union européenne leur permettrait de consacrer jusqu’à 1,5 % de leur PIB annuel, pendant quatre ans, à des dépenses militaires, sans que cela soit comptabilisé dans leur déficit public au sens des critères de Maastricht.
L’objectif affiché : mobiliser jusqu’à 650 milliards d’euros d’ici 2030 pour réarmer le Vieux continent (loin du plan de 800 milliards annoncé en mars 2025 par Ursula von der Leyen) confronté à la menace persistante de la Russie, à l’instabilité du flanc Est et au spectre d’un désengagement stratégique américain.
Réarmement européen : Bruxelles appuie sur l’accélérateur
Dans un contexte marqué par la guerre prolongée en Ukraine et le retour des logiques de puissance, cette mobilisation militaire européenne est inédite par son ampleur.
Elle traduit un tournant stratégique entamé dès 2022 avec le lancement de la Boussole stratégique, mais elle soulève aussi des interrogations de fond sur la solidarité financière de l’Union européenne.
La France et d’autres membres de l’UE restent prudents
Car l’activation de cette clause reste, à ce stade, facultative. La France, pourtant à l’avant-garde des initiatives de défense européenne, n’a pas activé cette option, tout comme l’Espagne ou l’Italie.
En effet, ces grandes économies, déjà lourdement endettées, préfèrent maintenir le cap budgétaire, quitte à freiner momentanément leurs ambitions militaires. Une stratégie qui rappelle les clivages observés lors du lancement du Fonds européen de défense en 2020 ou, plus récemment, lors des débats sur la relance post-Covid.
Von der Leyen appelle à faire plus, et plus vite
Mais l’absence d’harmonisation budgétaire risque de fragiliser cette dynamique. Quels moyens pour les pays qui ne demandent pas l’exemption ? Quels critères d’allocation de ces 650 milliards estimés ? Qui arbitrera entre besoins nationaux et priorités collectives ?
Alors que les dépenses militaires des Vingt-Sept ont déjà bondi de 31 % depuis 2021, atteignant 326 milliards d’euros en 2024, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a résumé l’état d’esprit ambiant : « C’est mieux, mais ce n’est pas suffisant. »
En bref, l’Union européenne peine, encore et toujours, à coordonner ses ambitions de défense et sa vision de la souveraineté stratégique.








