L’Allemagne participera dès cette année à un exercice inédit de dissuasion nucléaire, une décision présentée par le chancelier Friedrich Merz comme un pas vers une dissuasion européenne. L’annonce a été faite le 17 juillet à l’issue du 25e Conseil des ministres franco-allemand, réuni au château d’Augustusburg à Brühl, près de Cologne, un mois seulement après l’enterrement du Système de combat aérien du futur (Scaf).
Un sommet placé sous le signe du réarmement
Emmanuel Macron et Friedrich Merz présidaient ce sommet, précédé la veille d’un dîner de travail au château de Bensberg, à Bergisch Gladbach. Merz a rappelé que le lieu choisi n’avait rien d’anodin : c’est à Augustusburg qu’en 1962, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle avaient posé les bases du traité de l’Élysée. Une référence appuyée, au moment où les deux pays cherchent à dépasser les divisions nées de l’échec du Scaf.
Un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité s’est tenu en marge, sur une base aérienne de la Luftwaffe, soulignant la modernisation de la Luftwaffe. Paris et Berlin ont évoqué une coalition intégrée contre la menace des missiles balistiques et réaffirmé leur soutien à Kiev, avec l’engagement de livrer seize Rafale à la force aérienne ukrainienne d’ici 2028-2029.
Une divergence persiste toutefois sur le bouclier antiaérien européen : l’Allemagne défend l’European Sky Shield Initiative, largement fondée sur des systèmes Patriot et Arrow-3, alors que la France refuse d’y participer, jugeant qu’elle renforce la dépendance à Washington au détriment de l’industrie du continent, selon les précisions de Capital.fr.
Un nouveau Conseil des ministres est déjà prévu en 2027, dernier rendez-vous de ce type avant le départ d’Emmanuel Macron de l’Élysée.
Le Scaf, un échec acté sans détour
Les conclusions du CFADS ne font aucune référence explicite au Scaf. Lors de la conférence de presse, Macron n’a évoqué le programme qu’une seule fois, pour en constater l’échec : « Ce qui a marqué un arrêt, c’est le projet d’avion unique. Et par voie de conséquence de moteurs associés, mais tout le reste, et le cloud et les systèmes, nous continuons de coopérer. »
L’abandon du New Generation Fighter avait été acté le 8 juin dernier, après neuf ans de travaux restés sans résultat. Le désaccord opposait Dassault Aviation, désigné maître d’œuvre, à Airbus Defence & Space, les deux industriels n’étant pas parvenus à s’entendre sur la répartition des responsabilités.
La coopération sur les moteurs, portée par Safran et MTU, a elle aussi été abandonnée. Seul le « cloud de combat », qualifié de ciment du programme, survit : les deux pays disent vouloir « définir une norme européenne de combat collaboratif » pour garantir l’interopérabilité des avions de chasse, des drones et des effecteurs déportés.
L’entreprise s’annonce compliquée face à la prédominance du F-35 américain, alors que le Danemark, les Pays-Bas et, dans une certaine mesure, l’Allemagne elle-même ont déjà fait le choix d’aéronefs de combat collaboratif américains.
Le MGCS « au bord du gouffre »
Le char du futur franco-allemand risque de connaître le même sort. Dans un entretien au Welt am Sonntag, le directeur général de Rheinmetall, Armin Papperger, s’est montré cash : « Je ne peux pas dire aujourd’hui avec certitude si le système MGCS sera réalisé. »
Il évoque une France prête à réduire sa contribution budgétaire à « moins de la moitié » des plans initiaux, et rappelle que depuis le lancement du programme il y a près de dix ans, les quatre entreprises partenaires n’ont perçu au total que 25 millions d’euros.
« Quand on a moins d’argent, on ne va pas plus vite et nous sommes déjà très lents », a-t-il ajouté. Une source gouvernementale française proche du dossier a répondu, sous couvert d’anonymat, que le projet demeurait important pour la France, l’Allemagne et KNDS, sans contester les montants cités.
Le calendrier inquiète Paris. Devant la commission Défense de l’Assemblée nationale, la ministre des Armées Catherine Vautrin a reconnu le 8 avril que le MGCS était en train de prendre une dizaine d’années de retard, avant de confirmer, deux semaines plus tard : « Le char intermédiaire est lancé. »
La Direction générale de l’armement étudie trois pistes pour une flotte d’environ 200 chars, démontrant l’importance de la coopération en défense aérienne. Le chef d’état-major de l’armée de Terre a plaidé pour une autre voie, celle d’acquérir les premières briques de cette capacité de char future, qui sera franco-française si, d’ici là, on n’a pas réussi à converger avec les Allemands.
Berlin n’a pas attendu. Le 14 décembre 2025, l’Office fédéral des cartels a approuvé une coopération entre KNDS Deutschland et Rheinmetall pour développer un char national, surnommé « Leopard 3 » par la presse spécialisée, avec un nouveau moteur et un canon de 130 mm. Son entrée en service est prévue dans les années 2030, sans que Paris ait été consulté.
KNDS, nouvelle source de friction
Le groupe franco-allemand, qui devait entrer en Bourse, est devenu le théâtre d’un bras de fer distinct du dossier budgétaire. Le 12 juin, Reuters révélait que le ministère fédéral de la Défense réclame un droit de veto sur la nomination des dirigeants de la branche allemande, ce qui limiterait de fait les prérogatives du PDG français de KNDS, Jean-Paul Alary.
L’État allemand s’apprête par ailleurs à entrer au capital du groupe à hauteur de 40 %, au même niveau que la France, avant que les deux pays n’abaissent leurs participations à environ 30 % dans les deux à trois années suivantes.








