Un fait assez rare vient de se produire : pour la première fois depuis 2003, l’armée britannique a affrété un ferry civil entier pour transporter des troupes vers le continent européen. Menée dans le cadre d’un exercice de l’OTAN appelé « Rhino Storm », l’opération avait pour but de tester la flexibilité logistique du Royaume-Uni et sa capacité de réaction rapide en cas de conflit armé en Europe. Le média britannique Sky News a couvert l’événement, qui soulève des questions sur les capacités et la stratégie militaire actuelles du Royaume‑Uni.
Une logistique pas comme d’habitude
Le mercredi 22 avril, 1 400 soldats de la brigade légère mécanique (surnommée les « Rats du désert ») ont traversé la mer du Nord à bord d’un ferry civil affrété spécialement pour l’occasion. Le ministère de la Défense précise que ce choix n’est pas lié à un manque de moyens militaires, mais à un exercice visant à tester la souplesse logistique. Plutôt que de saturer le pont aérien stratégique de la Royal Air Force (qui aurait nécessité environ 7 vols), l’armée a opté pour une solution combinant mer et rail.
Arrivés aux Pays‑Bas, les militaires ont ensuite pris le train jusqu’au centre de l’Allemagne, où l’unité a participé à plusieurs manœuvres destinées à vérifier la réaction collective de l’OTAN en cas d’attaque contre un de ses membres, en référence à l’Article 5 du traité de l’OTAN.
Des critiques qui interrogent la stratégie
Malgré l’approche innovante, des voix s’élèvent pour pointer du doigt les capacités navales de la Royal Navy. Le ministère de la Défense soutient que l’usage de moyens civils ne prouve pas une faiblesse, mais les inquiétudes restent. Les engagements récents au Moyen‑Orient ont mis en lumière des lacunes attribuées à des années de sous‑investissement, des retards industriels et des problèmes de maintenance.
En conséquence, le Royaume‑Uni n’a pu déployer qu’un seul destroyer en Méditerranée et aucun navire dans le golfe Persique. Ces difficultés ont même conduit le Royaume‑Uni à céder à l’Allemagne le commandement d’une mission de l’OTAN. La situation alimente l’idée que la Royal Navy, autrefois une puissance navale mondiale, pourrait devenir davantage une force régionale, ce qui suscite des critiques tant politiques que militaires. À titre de comparaison, la France avait réquisitionné une trentaine de navires civils lors de la guerre du Golfe en 1990 pour assurer la mobilité rapide de ses troupes.








