SpaceX accélère vers les centres de données orbitaux avant son entrée en Bourse
SpaceX prévoit de lancer ses premiers tests de centres de données dédiés à l’intelligence artificielle en orbite terrestre dès la fin 2027. Les révélations faites aux investisseurs devancent le calendrier initial évoqué dans le dossier S-1 déposé auprès de la Securities and Exchange Commission. L’annonce coïncide avec la préparation de la plus importante introduction en Bourse de l’histoire : l’entreprise d’Elon Musk propose 555,6 millions d’actions de catégorie A au prix indicatif de 135 dollars, visant une valorisation totale de 1 770 milliards de dollars pour une levée de 75 milliards.
AI1, un satellite colossal aux dimensions d’un Boeing 747
Le prototype AI1 mesure 20 mètres de hauteur pour une envergure déployée de 70 mètres, dépassant celle d’un Boeing 747-8. La structure vise 120 kilowatts de puissance de calcul en régime continu et 150 kilowatts en pointe, soit environ 70 kilowatts par tonne. Le directeur financier Bret Johnsen a confirmé que les premiers centres orbitaux intégreront du matériel Nvidia avant d’adopter des puces durcies contre les radiations, développées par Terafab dans le cadre d’un projet conjoint SpaceX, Tesla et Intel.
Le refroidissement constitue l’obstacle technique majeur. Le système nécessite jusqu’à 110 mètres carrés de radiateurs liquides déployables pour évacuer la chaleur par rayonnement infrarouge dans le vide spatial, contrainte inexistante sur Terre où l’air et l’eau assurent naturellement l’évacuation thermique.
Une constellation d’un million de satellites à l’horizon
SpaceX a sollicité auprès de la Federal Communications Commission l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites d’hébergement. L’ampleur du projet vise à exploiter l’énergie solaire continue et la dissipation thermique spatiale, deux contraintes majeures des centres terrestres confrontés aux pénuries électriques.
Les analystes de MoffettNathanson estiment nécessaires environ 3 000 lancements de Starship annuels, soit huit missions quotidiennes. Les coûts actuels de plusieurs milliers de dollars par kilogramme doivent chuter à quelques centaines pour rendre viable ce modèle économique. Aujourd’hui, les missions spatiales restent complexes et coûteuses, même pour des projets moins ambitieux.
Des contrats terrestres déjà juteux malgré les pertes
Paradoxalement, SpaceX génère des revenus substantiels via le calcul terrestre. Le document S-1 révèle qu’Anthropic versera environ 1,25 milliard de dollars mensuels pour louer intégralement la production du centre Colossus 1 de xAI à Memphis jusqu’en mai 2029. Google a signé un contrat de près de 920 millions par mois jusqu’en juin 2029 pour la moitié de la capacité d’Anthropic.
Ces accords représentent 26 milliards de revenus annualisés, contrastant avec les 18,67 milliards de chiffre d’affaires et les 4,9 milliards de pertes nettes déclarés en 2025. La rentabilité reste donc un défi, même dans l’activité terrestre pourtant plus mature.
Des obstacles techniques encore béants
Le document S-1 reconnaît développer des technologies d’une complexité technique extrême qui pourraient ne jamais atteindre leur viabilité commerciale. Roy Chua, fondateur du cabinet AvidThink, pointe les problèmes non résolus de refroidissement et l’impact des radiations spatiales sur l’électronique.
La durée de vie des composants pose un dilemme central. Les processeurs d’IA se renouvellent tous les deux à trois ans sur Terre, tandis que leur remplacement orbital nécessite de nouvelles missions coûteuses. Les rayonnements provoquent erreurs de calcul et dommages permanents, contraignant à utiliser des puces durcies accusant plusieurs générations de retard technologique. L’environnement spatial demeure hostile aux équipements électroniques sensibles.
Un scepticisme industriel face aux promesses spatiales
Tim Farrar, analyste chez TMF Associates, recentre le débat : « La question n’est pas de savoir si une chose peut fonctionner, mais si elle a un sens économique par rapport à la simple construction de capacités supplémentaires au sol. » L’échec du projet Natick de Microsoft, centre de données sous-marin abandonné malgré ses succès techniques faute de demande, alimente ce scepticisme.
Jensen Huang de Nvidia et la direction d’Amazon Web Services privilégient le développement terrestre, qualifiant l’approche orbitale de peu économique. Morningstar estime la juste valeur de SpaceX autour de 780 milliards, soit la moitié du prix d’IPO demandé.
L’analyste invite les investisseurs à surveiller la trajectoire vers la rentabilité, la baisse des coûts de lancement et la cadence industrielle de Starship. Le pari spatial d’Elon Musk fascine autant qu’il interroge, entre promesses technologiques et réalités économiques encore floues.








