Avec une augmentation de 45% du nombre d’exposants, Euronaval 2026 consacre la dronisation comme tendance majeure de la défense navale. La Marine nationale française franchit un cap décisif : l’intégration progressive de véhicules autonomes aériens, de surface et sous-marins sur l’ensemble de sa flotte, achevée d’ici 2028. Ouvert le 3 novembre 2026 au parc des expositions de Paris-Villepinte, le plus grand salon mondial de la défense navale rassemble plus de 700 exposants. Ce succès record traduit l’effervescence d’un secteur en pleine transformation technologique.
La dronisation : une révolution doctrinale pour la Marine nationale
Trois vecteurs de transformation (aérien, surface, sous-marin)
La stratégie navale française repose désormais sur un triptyque autonome. La Marine nationale intègre progressivement des drones aériens, de surface et sous-marins à ses bâtiments de combat. Les véhicules aériens sans pilote assurent la reconnaissance lointaine et l’appui feu. Les drones de surface patrouillent en essaim pour sécuriser les approches. Les engins sous-marins autonomes mènent la lutte anti-sous-marine et la détection de mines. Muriel, ingénieure responsable du segment drones et sous-marins à la Direction générale de l’armement, souligne les défis opérationnels : « Il y a un point d’attention, qui est la mise en œuvre et la récupération du drone, d’autant plus quand on va chercher des mers un peu formées. »
Le système de combat 2028 : orchestrer les flottilles autonomes
L’horizon 2028 marque l’aboutissement de cette mutation. La France prévoit l’acquisition d’un système de combat spécifique pour opérer les flottilles de drones, selon les informations révélées lors d’Euronaval. Le capitaine de vaisseau Alexis, en charge des plans et programmes à l’état-major de la Marine, identifie le nœud stratégique : « La fusion de la donnée est vraiment le nœud primordial. Pour cela, il y a besoin d’intelligence artificielle embarquée à bord des drones, ainsi que sur le système qui intégrera les données, de façon à nous aider à établir la situation. » La dronisation de la majeure partie des bâtiments deviendra effective dès 2028. Naval Group a d’ailleurs dévoilé le SCX-26, un concept de navire pensé autour de l’exploitation massive de véhicules autonomes.
Les défis opérationnels de l’intégration embarquée
Mise en œuvre, récupération et gestion électromagnétique
L’intégration physique des drones aux navires soulève des contraintes techniques majeures. La mise à l’eau et la récupération des engins autonomes exigent des solutions robustes, particulièrement en mer formée. Les systèmes de lancement et de récupération doivent fonctionner par état de mer 4 ou 5, avec des vents soutenus. L’environnement électromagnétique dense des bâtiments modernes complique encore la donne. Les radars, systèmes de guerre électronique et communications saturent le spectre. Les drones doivent opérer sans interférence dans cet environnement hostile. « Ce sont tous les aspects intégration qu’on regarde, à la fois l’intégration physique et puis l’environnement électromagnétique », précise Muriel de la DGA.
La fusion de données comme nœud primordial du commandement
L’exploitation tactique des flottes autonomes repose sur la capacité à synthétiser en temps réel des flux de données hétérogènes. Les capteurs des drones aériens, de surface et sous-marins génèrent des volumes massifs d’informations. Le système de commandement doit agréger ces données, éliminer les redondances, corréler les détections et présenter une situation tactique cohérente. L’intelligence artificielle embarquée devient indispensable pour traiter cette complexité. Les algorithmes de fusion doivent fonctionner dans la boucle décisionnelle, avec des latences minimales. La Marine nationale vise un système de combat intégré capable d’orchestrer simultanément plusieurs dizaines de vecteurs autonomes. Les nouvelles commandes de missiles Aster et Exocet s’inscrivent dans cette logique de modernisation globale.
Euronaval 2026 : 700+ exposants, vitrines de l’écosystème autonome
Le salon parisien confirme la dynamique industrielle. Plus de 700 exposants présentent leurs innovations, contre 483 en 2024. Les acteurs français comme KNDS et SeaOwl développent des drones navals spécialisés. Les constructeurs internationaux multiplient les annonces. Saildrone, entreprise américaine, prépare le Spectre Silent Endurance, un véhicule autonome de surface de 52 mètres capable de parcourir 15 000 milles nautiques à 5 nœuds. Le turc ASELSAN expose le système GÖKDENİZ CIWS en configuration déployable, permettant la protection mobile des navires. L’écosystème industriel de la défense navale autonome atteint une maturité opérationnelle. Les technologies passent du stade expérimental au déploiement de série.
La transformation de la Marine nationale illustre un basculement stratégique plus large. Les marines mondiales abandonnent progressivement le paradigme du navire habité polyvalent au profit de flottes hybrides associant plateformes habitées et essaims autonomes. L’enjeu dépasse la technologie : il redéfinit la doctrine d’emploi des forces navales, les chaînes de commandement et la formation des équipages. Reste à démontrer la résilience opérationnelle de ces systèmes face aux contre-mesures adverses et aux environnements dégradés. Le rendez-vous de 2028 dira si la promesse technologique tient ses engagements tactiques.








