Les opérations navales européennes ont renforcé leur présence dans plusieurs zones maritimes sensibles, mais les moyens disponibles restent inférieurs aux besoins annoncés. C’est l’un des constats du rapport conjoint sur la mise en œuvre de la stratégie de sûreté maritime de l’Union européenne, transmis au Conseil le 3 novembre 2026.
Le document fait le point sur les actions engagées depuis la révision de la stratégie en octobre 2023. Il décrit des menaces qui se diversifient : attaques contre les navires, trafics, piraterie, risques cybernétiques et atteintes possibles aux infrastructures sous-marines. Les tensions en mer Rouge, en mer Noire, en Baltique et dans l’Indopacifique imposent des réponses différentes, civiles comme militaires.
Plus de 760 navires marchands protégés de près
L’opération européenne Aspides, lancée en février 2024 pour répondre aux menaces contre la navigation en mer Rouge et dans la région du Golfe, a assuré une protection rapprochée à plus de 760 navires marchands depuis le début de son mandat. Elle en a surveillé plus de 2 000, selon le bilan présenté par la Commission et la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères.
Le rapport attribue à ces missions un taux de réussite de 100 % pour la protection assurée. Cette indication concerne les opérations prises en compte par les auteurs du document : elle ne signifie ni que tous les navires de la zone ont été protégés, ni que les attaques contre le trafic maritime ont cessé.
Dans l’océan Indien occidental, l’opération Atalanta a surveillé plus de 50 événements liés à la piraterie pendant la période examinée. Six pirates ont été arrêtés en 2024, précise le document. En Méditerranée, Irini continue de contribuer à la surveillance maritime et à la mise en œuvre de missions relevant de son mandat.
La surveillance des câbles et de la flotte fantôme s’ajoute aux missions
Les missions Atalanta et Aspides ont reçu de nouvelles tâches de surveillance et de signalement portant notamment sur la flotte dite fantôme et les activités suspectes à proximité d’infrastructures sous-marines critiques. Ces tâches sont décrites comme non exécutives : elles ne constituent pas, à elles seules, une autorisation générale d’intercepter ou de saisir des bâtiments.
En 2026, Atalanta et Irini ont également été chargées de vérifications de pavillon de certains navires de la flotte fantôme, dans le respect du droit de la mer. Les autorités européennes cherchent ainsi à mieux identifier des activités susceptibles de contourner les sanctions, tout en conservant les limites juridiques propres à chaque opération.
La protection des infrastructures a aussi été testée lors de l’exercice maritime européen organisé en septembre 2026 près d’Helsinki. L’objectif était notamment d’améliorer les échanges d’informations entre marines, garde-côtes et agences spécialisées. Le rapport cite les outils de surveillance satellitaire et de partage de données parmi les moyens employés.
Des missions nombreuses, des capacités insuffisantes
Le bilan reconnaît une faiblesse persistante : le nombre total de moyens navals et aériens fournis aux opérations demeure inférieur aux besoins cumulés exprimés. Certains États membres maintiennent pourtant une contribution continue malgré leurs contraintes de ressources. Ce décalage limite la capacité de l’Union à multiplier durablement ses déploiements.
La France figure parmi les quatre États membres ayant élaboré ou actualisé une stratégie nationale de sécurité maritime depuis 2023, aux côtés de l’Espagne, du Danemark et de l’Irlande. Son actualisation date de 2026, selon le rapport européen. Pour les forces navales françaises, la coordination des moyens et la protection des routes commerciales restent donc des sujets directement liés aux engagements européens.
Le document constitue un bilan de mise en œuvre, et non l’annonce d’une nouvelle opération militaire ou d’un financement supplémentaire déjà adopté. Il montre surtout l’élargissement des missions de surveillance au moment où les capacités disponibles demeurent contraintes.








