Pendant que Renault se reconvertit en fabricant de drones et de robots militaires, la Russie pilonne une nouvelle fois les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Deux actualités en apparence distinctes, mais qui racontent en réalité la même histoire : celle d’une Europe contrainte, enfin, de prendre la défense au sérieux. Le tout avec, comme toujours, la question budgétaire qui se pose en creux.
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Nombre de régions ukrainiennes frappées lors de la dernière vague massive de missiles et de drones russes sur les infrastructures énergétiques, selon le Financial Times du 3 novembre 2026.
Renault en treillis : quand l’industrie civile monte en ligne
Force est de constater que la guerre change tout — y compris les bilans annuels. Renault, que l’on connaissait pour ses Clio et ses SUV électriques, s’impose désormais comme un acteur sérieux de l’industrie de défense. Le constructeur au losange s’associe aujourd’hui au groupe belge John Cockerill — spécialiste reconnu des blindés et des tourelles — pour développer un robot terrestre de combat. Cela s’ajoute à deux projets de drones aériens déjà en cours.
Je ne boude pas mon plaisir. Voilà exactement ce que j’attends de l’industrie française : de l’agilité, de l’initiative privée, et une capacité à pivoter sans attendre que Bercy daigne signer un bon de commande. Renault ne fait pas cela par patriotisme naïf — il le fait parce que le marché de la défense est devenu, en quelques années, l’un des plus dynamiques d’Europe. Les carnets de commandes de Thales, KNDS ou Safran le confirment depuis 2022.
Cette diversification industrielle est une bonne nouvelle stratégique. Elle signifie que la base industrielle et technologique de défense (BITD) française s’élargit, intègre des savoir-faire automobiles — motorisation, mobilité autonome, électronique embarquée — et gagne en résilience. C’est précisément ce dont l’OTAN a besoin : une Europe qui produit, pas seulement une Europe qui commande à l’autre bout de l’Atlantique.
L’Ukraine sous les bombes : la facture de l’attentisme européen
Pendant ce temps, à neuf régions de distance de Kiev, la Russie frappe encore. Centrales électriques, sous-stations, réseaux de distribution : Vladimir Poutine applique une stratégie d’usure méthodique sur les infrastructures critiques ukrainiennes, à l’approche d’un hiver qui s’annonce une nouvelle fois meurtrier pour les civils. La défense aérienne ukrainienne peine à intercepter des vagues coordonnées de missiles balistiques et de drones Shahed.
Ce que ces attaques répétées démontrent, c’est le coût réel de l’attentisme européen entre 2014 et 2022. Des années pendant lesquelles plusieurs capitales — Paris comprises, soyons honnêtes — ont coupé dans les budgets de défense, vendu des illusions de désarmement et refusé de livrer des systèmes anti-aériens performants à l’Ukraine. Aujourd’hui, on rattrape à prix d’or ce que l’on aurait pu anticiper à prix raisonnable.
La bonne nouvelle, si l’on peut dire : les premières discussions entre Washington, Londres, l’UE et l’OTAN sur un cadre de négociation Russie-Ukraine se tiennent cette semaine à Bruxelles, avant une réunion à Abou Dhabi. La diplomatie reprend ses droits. Mais que personne ne se berce d’illusions : on ne négocie bien que depuis une position de force, et cette position de force se construit avec des budgets militaires sérieux, des industriels mobilisés et des armées équipées.
Le vrai test : transformer l’argent en capacités réelles
La France consacre désormais autour de 2 % de son PIB à la défense — un seuil OTAN longtemps méprisé, enfin atteint. Mais un chiffre ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la qualité de la dépense. Combien de milliards partent dans des surcoûts administratifs, des programmes en retard, des doublons européens mal coordonnés ?
L’initiative Renault-John Cockerill montre qu’il existe une autre voie : celle de partenariats industriels transfrontaliers, agiles, orientés vers la production réelle. L’Europe de la défense ne se fera pas par les discours de sommet. Elle se fera dans les ateliers de Douai et de Liège, sur les terrains d’essai de Mourmelon, et dans les contrats signés avant que les missiles ne tombent.
Le réveil a été brutal. L’heure n’est plus à la réflexion — elle est à la livraison.


