Déficit à 5,7% : la défense française peut-elle survivre à l’austérité ?

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Déficit à 5,7% : la défense française peut-elle survivre à l'austérité ?
Déficit à 5,7% : la défense française peut-elle survivre à l'austérité ? | Armees.com

Le déficit français file vers 5,7 % du PIB. La machine productive est à l’arrêt. Et pendant ce temps, la Loi de Programmation Militaire engage 413 milliards d’euros jusqu’en 2030. Quand l’État ne peut plus payer ses factures courantes, comment finance-t-il la renaissance de ses armées ? La question mérite une réponse franche.

413 Mds€

Le montant total prévu par la LPM 2024-2030 — une trajectoire ambitieuse que les finances publiques actuelles rendent chaque jour plus fragile.

Une LPM en apesanteur budgétaire

Force est de constater une contradiction vertigineuse. D’un côté, la France s’est dotée d’une Loi de Programmation Militaire historique, la plus ambitieuse depuis des décennies. De l’autre, elle présente un déficit qui s’emballe, une dette à 3 460 milliards d’euros et une croissance anémique. Ces deux réalités ne peuvent pas coexister indéfiniment.

Rappelons les chiffres. La LPM 2024-2030 prévoit de porter le budget annuel de la défense de 47 milliards d’euros en 2024 à 69 milliards en 2030. Une progression de 47 %. Impressionnant sur le papier. Mais ces crédits sont votés par un Parlement qui, chaque année, emprunte en moyenne 150 milliards pour boucler ses fins de mois. On dépense de l’argent qu’on n’a pas, pour financer une défense dont on a absolument besoin. Le paradoxe est total.

La comparaison internationale est cruelle. L’Allemagne, avec son fonds spécial de 100 milliards, finance sa remontée en puissance hors budget ordinaire, sans toucher à ses équilibres courants. La Suède consacre 2,4 % de son PIB à la défense tout en maintenant un ratio dette/PIB de 44 %. La France, elle, tente d’atteindre les 2 % de l’OTAN avec des poumons de grand fumeur budgétaire.

Le vrai risque : la coupe silencieuse

Les spécialistes des finances publiques connaissent ce mécanisme par cœur. Quand les arbitrages budgétaires deviennent douloureux, la défense saigne en silence. Pas par décision politique affichée — ce serait trop visible. Mais par régulations budgétaires en cours d’année, reports de commandes, étalements de livraisons, gel de crédits.

On l’a vu pendant vingt ans, de 1995 à 2015. Les armées ont subi une diète sévère qui a laissé des séquelles profondes : lacunes capacitaires, équipements vieillissants, disponibilité technique en berne. Il a fallu le choc des attentats de 2015, puis la guerre en Ukraine en 2022, pour que la classe politique se réveille.

Le risque aujourd’hui est identique. Avec un déficit à 5,7 %, le prochain gouvernement — quel qu’il soit — sera sous pression des marchés et des institutions européennes. Les coupes budgétaires seront inévitables. Et la défense, malgré les discours, reste un poste politiquement plus facile à rogner que les retraites ou la santé.

Dépenser moins mais dépenser mieux : le défi réel

La solution ne se trouve pas dans un choix binaire entre austérité aveugle et chèque en blanc aux armées. Elle réside dans une exigence d’efficacité que la France s’interdit encore de formuler clairement.

Les Britanniques ont mené des audits draconiens de leur Ministry of Defence. Les Danois évaluent chaque programme d’armement à l’aune d’indicateurs de performance précis. En France, la Cour des comptes pointe régulièrement les dépassements de coûts des programmes majeurs — MRTT, Scorpion, FREMM — sans que cela déclenche de véritable réforme de gouvernance.

Dépenser 69 milliards par an en 2030 sera vain si un euro sur cinq est mal employé. L’efficacité de la dépense militaire n’est pas une option libérale : c’est une nécessité stratégique. Quand les finances publiques sont exsangues, chaque milliard compte doublement.

Il est temps que la LPM soit adossée à une obligation de résultats, et non à une simple obligation de moyens. La souveraineté n’a pas les moyens du gaspillage.

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