Les F-35 coûtent trop cher au Danemark

La Cour des comptes danoise révèle que l’acquisition des F-35 coûtera 25% de plus que prévu, soit 9,5 milliards d’euros sur 30 ans. Cette dérive budgétaire illustre la dépendance européenne croissante à l’industrie militaire américaine et questionne la souveraineté des nations continentales.

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Les F-35 coûtent trop cher au Danemark © Armees.com

Le programme F-35 plonge le Danemark dans un gouffre budgétaire

La Cour des comptes danoise vient de révéler l’ampleur véritable du gouffre financier creusé par l’acquisition des 27 F-35 américains. Dans un rapport cinglant publié lundi, les magistrats financiers chiffrent le coût total du programme à 71,2 milliards de couronnes danoises sur trente ans, soit 9,5 milliards d’euros. Cette estimation pulvérise les prévisions initiales du ministère de la Défense, qui tablait sur 57,1 milliards de couronnes. L’écart représente un surcoût de 25%, une dérive budgétaire que les auditeurs qualifient de « préoccupante » et d’« insatisfaisante ».

Cette explosion des coûts illustre les défis auxquels font face les nations européennes dans leur course au réarmement. Alors que l’invasion de l’Ukraine a relancé les investissements militaires continentaux, les programmes d’armement américains révèlent leur vraie nature : des aspirateurs à devises qui hypothèquent les budgets de défense européens.

Le Danemark découvre amèrement les réalités économiques du programme Joint Strike Fighter. Entre l’achat des appareils, leur maintenance sur plusieurs décennies, la formation des pilotes et les coûts d’exploitation, la facture s’alourdit inexorablement. Les hypothèses « trop optimistes » du ministère de la Défense ont masqué une réalité brutale : posséder des F-35 revient à signer un chèque en blanc au profit de l’industrie américaine.

Une dépendance technologique qui hypothèque la souveraineté

Au-delà des aspects financiers, l’affaire danoise soulève des questions stratégiques majeures. Le pays scandinave s’est enfermé dans une dépendance technologique totale vis-à-vis des États-Unis. Contrairement aux chasseurs européens comme le Rafale, les F-35 nécessitent une connexion permanente aux serveurs américains pour fonctionner à pleine capacité. Sans accès aux « Mission Data Files » et aux mises à jour logicielles contrôlées depuis Washington, l’efficacité opérationnelle s’effrite rapidement.

Cette vulnérabilité prend une dimension particulièrement ironique dans le contexte des tensions actuelles entre les États-Unis et le Danemark. Donald Trump menace ouvertement d’annexer le Groenland, territoire danois, tout en brandissant l’usage de la force militaire. Copenhague se retrouve dans la position paradoxale de devoir défendre sa souveraineté territoriale avec des armes dont Washington garde le contrôle technique.

Rasmus Jarlov, président de la commission de la Défense du parlement danois, a d’ailleurs exprimé ses regrets concernant cette acquisition. En mars 2025, il déclarait regretter « d’avoir participé à l’achat de ces avions », évoquant explicitement le risque de chantage américain par la suspension des pièces détachées ou le blocage des mises à jour logicielles.

L’hégémonie américaine face aux alternatives européennes

L’hégémonie du F-35 en Europe révèle les failles structurelles de l’industrie de défense continentale. Treize pays européens ont choisi l’appareil américain, représentant plus de 600 exemplaires commandés. Cette préférence massive s’explique par l’intégration dans l’écosystème OTAN, les capacités technologiques avancées et les promesses de retombées industrielles.

Pourtant, des alternatives européennes existent. Le Rafale français démontre régulièrement son efficacité opérationnelle, notamment dans les missions de police du ciel baltique où les appareils français interceptent régulièrement les intrusions russes.

Néanmoins, le Rafale peine à percer sur le marché européen. Lors de l’appel d’offres danois de 2016, Dassault Aviation avait même renoncé à participer, considérant le processus comme « verrouillé » au profit de l’appareil américain. Cette attitude défaitiste illustre les difficultés des industriels européens à rivaliser avec la machine commerciale américaine.

Un effet domino continental

Le cas danois s’inscrit dans une série de dérapages budgétaires liés aux programmes F-35. Au Canada, le vérificateur général a révélé en 2025 un surcoût de 8,7 milliards de dollars canadiens, soit près de 50% d’augmentation par rapport aux estimations initiales. En Suisse, les infrastructures destinées à accueillir les futurs F-35 voient leurs coûts exploser, passant de 120 à plus de 200 millions de francs suisses.

Ces dépassements systématiques posent des questions sur la viabilité économique du réarmement européen. Les budgets de défense, certes en hausse depuis l’invasion de l’Ukraine, ne sont pas extensibles à l’infini. Chaque euro consacré aux surcoûts du F-35 représente un manque à gagner pour d’autres programmes militaires essentiels, notamment dans le domaine des systèmes de défense antimissile ou des capacités de renseignement électronique.

La Cour des comptes danoise l’exprime clairement : « Cette augmentation des dépenses pourrait réduire les capacités d’acquisition et d’exploitation d’autres équipements par la Défense, voire entraîner une hausse des dépenses publiques totales consacrées à la défense ». L’effet d’éviction budgétaire menace l’équilibre des forces armées danoises.

Les limites d’une stratégie industrielle européenne

L’invasion massive du marché européen par les F-35 révèle l’échec relatif de la politique industrielle de défense continentale. Malgré les discours sur l’autonomie stratégique européenne et les investissements considérables dans des programmes comme le SCAF (Système de combat aérien du futur), l’Europe continue de financer massivement l’industrie américaine.

Cette dépendance s’avère d’autant plus problématique que Washington n’hésite plus à instrumentaliser ses exportations d’armement. L’OTAN renforce actuellement son dispositif en Arctique, région stratégique où se cristallisent les tensions entre Washington et ses alliés nordiques, notamment autour des ressources minérales et des routes commerciales.

Michael Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, résume parfaitement cette contradiction : les Danois ne pourraient même pas utiliser leurs F-35 pour défendre le Groenland s’ils se retrouvaient en opposition à Washington. Cette situation absurde illustre les limites d’une souveraineté militaire greffée sur des technologies étrangères.

Vers une réévaluation des stratégies d’armement

Face à ces constats accablants, plusieurs voies s’ouvrent aux décideurs européens. La première consisterait à diversifier les sources d’approvisionnement en privilégiant les solutions continentales. Le Rafale, malgré ses difficultés commerciales, offre une alternative crédible aux F-35 pour de nombreuses missions.

La seconde approche viserait à renforcer les mécanismes de contrôle budgétaire des grands programmes d’armement. Les erreurs d’estimation systématiques révèlent des défaillances méthodologiques qui dépassent le seul cas danois. Une harmonisation européenne des pratiques d’évaluation pourrait limiter ces dérapages récurrents.

Enfin, l’Europe devrait accélérer le développement de ses propres capacités industrielles. Les investissements dans des programmes comme le SCAF ou les drones de combat européens constituent des garde-fous indispensables face à l’hégémonie américaine. Les initiatives comme celle de Safran dans les systèmes de navigation autonome montrent la voie d’une industrie européenne plus indépendante. Toutefois, ces projets ne porteront leurs fruits qu’à l’horizon 2040, laissant une fenêtre de vulnérabilité considérable.

L’affaire danoise constitue un signal d’alarme pour l’ensemble des nations européennes engagées dans des programmes F-35. Les coûts cachés, la dépendance technologique et les risques géopolitiques associés à ces acquisitions exigent une réévaluation urgente des stratégies nationales d’armement. Dans un contexte où l’autonomie stratégique européenne devient un enjeu existentiel, chaque choix industriel engage l’avenir du continent.

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