Dix ans de Macron : et la souveraineté militaire dans tout ça ?

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Dix ans de Macron : et la souveraineté militaire dans tout ça ?
Dix ans de Macron : et la souveraineté militaire dans tout ça ? | Armees.com

Dix ans de pouvoir, dix ans de commémorations, dix ans de discours sur la « puissance française ». Mais pendant que le chef de l’État soignait les symboles, les armées rattrapaient-elles vraiment leur retard ? Derrière les cérémonies, les chiffres racontent une autre histoire.

**413 milliards d’euros**

C’est le montant total de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 — le budget de défense le plus ambitieux depuis la guerre froide. Ambitieux sur le papier.

La mémoire, c’est bien. La préparation, c’est mieux.

Emmanuel Macron aura marqué la décennie par ses rituels commémoratifs. Panthéonisations soignées, hommages nationaux télévisés, cérémonies militaires millimétrées. La mise en scène du pouvoir, il connaît. Mais une nation ne se défend pas à coups de discours au Panthéon.

Force est de constater que les dix premières années du macronisme coïncident avec une prise de conscience tardive et douloureuse de l’état réel de nos armées. En 2017, quand Macron prend le pouvoir, le chef d’état-major Pierre de Villiers démissionne avec fracas après avoir dénoncé publiquement des coupes budgétaires insupportables. Le signal était clair. Il aura fallu l’invasion de l’Ukraine en 2022 pour que Paris sorte enfin du déni stratégique.

La LPM 2024-2030, avec ses 413 milliards d’euros programmés, est présentée comme une révolution. On peut se demander si elle n’est pas surtout le remboursement d’une dette accumulée pendant des décennies d’atrophie budgétaire. Entre 1990 et 2015, la France a encaissé ses « dividendes de la paix » jusqu’à l’os : des régiments dissous, des équipements non remplacés, des industriels fragilisés. Rattraper vingt-cinq ans de sous-investissement en six ans relève du défi colossal — et coûteux.

Ce que cachent les grands chiffres

413 milliards, cela impressionne. Mais comparons. Le Royaume-Uni consacre déjà 2,3 % de son PIB à la défense et vient d’annoncer un effort supplémentaire massif. L’Allemagne, longtemps sous la protection américaine, a enclenché son *Zeitenwende* avec 100 milliards d’euros de fonds spéciaux. La Pologne atteint désormais 4 % de son PIB en dépenses militaires — un chiffre qui donne le vertige quand on réalise que la France tutoie péniblement les 2 %.

Et encore : atteindre 2 % du PIB en 2025 n’est pas une ambition, c’est un engagement OTAN contracté de longue date. On arrive donc à la ligne de départ avec des confettis.

La vraie question n’est pas le volume brut, c’est l’efficacité de la dépense. Or, sur ce terrain, les motifs d’inquiétude ne manquent pas. Les surcoûts des programmes d’armement sont structurels : le programme Scorpion de modernisation de l’armée de Terre accuse des retards. La supply chain de l’industrie de défense française reste fragile, comme l’a brutalement révélé le conflit ukrainien lorsque les cadences de production de munitions se sont avérées insuffisantes.

Souveraineté : le mot sans le prix

La souveraineté stratégique est la grande rhétorique macronienne. Rarement un président n’aura autant prononcé le mot. Rarement un exécutif n’aura autant peiné à en payer le prix réel.

Car la souveraineté a un coût industriel : il faut des usines, des ingénieurs, des filières formées, des stocks. Elle a un coût humain : des armées suffisamment dotées en personnels qualifiés et fidélisés. Elle a un coût politique : assumer devant les Français que défendre la nation passe avant certaines dépenses sociales non évaluées.

Dix ans de commémorations, c’est bien. Dix ans de budget sincère et d’industrie de défense véritablement renforcée, ce serait mieux. Il reste quatre ans pour que la LPM tienne ses promesses. Les alliés, eux, regardent — et ils comptent.

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