Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) a détruit un bombardier stratégique russe Tu-95 sur la base aérienne d’Engels-2, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2026. La frappe a été menée par drone, à environ 800 kilomètres du territoire ukrainien. Le chef de l’État a précisé que la distance depuis la frontière nationale était d’environ 800 kilomètres.
Avant que des preuves indépendantes ne viennent appuyer cette annonce, seule la parole de Kyiv attestait de la perte. Deux jours après l’attaque, le projet d’investigation Schemes de Radio Free Europe/Radio Liberty a diffusé sur Telegram des images satellite fournies par la société commerciale Planet Labs, datées du 19 juillet.
Elles montrent un Tu-95MS immobilisé sur le tarmac de la base d’Engels-2, dans la région de Saratov, la section arrière totalement séparée du fuselage. Schemes a commenté que la photo montrait clairement que la section arrière de l’appareil était totalement désolidarisée du corps principal.
Le compte spécialisé en imagerie satellite AviVector a également publié des clichés similaires, évoquant un appareil complètement détruit et irréparable.
Le SBU a salué l’opération sur Telegram, indiquant que chaque bombardier stratégique éliminé signifiait des dizaines de missiles qui ne seraient pas lancés sur les villes ukrainiennes, des vies ukrainiennes sauvées, et des dizaines de millions de dollars de pertes irréparables pour l’ennemi, et que l’aviation stratégique russe ne pouvait plus se sentir en sécurité, même sur ses aérodromes militaires les plus reculés.
Zelensky, lui, a qualifié l’opération de « défense juste et active » et l’a présentée comme une sanction à longue portée contre la Russie, terme employé par Kyiv pour désigner ce type de frappes profondes.
Le principal porteur des missiles Kh-101 visé
Le Tu-95MS est l’avion qui a lancé la plupart des missiles de croisière Kh-101 tirés sur les villes ukrainiennes depuis le début de la guerre. Il peut en emporter jusqu’à six sur un lanceur rotatif interne, et sa version modernisée, le Tu-95MSM, jusqu’à huit montés en externe, ou des Kh-102 à têtes nucléaires jamais employés en situation réelle.
L’appareil coûte plus de 26 millions de dollars, affiche une portée maximale de 12 875 km et passe pour plus fiable que le Tu-160, plus récent. Sa fabrication s’est arrêtée en 1992, et le programme censé lui succéder, le bombardier furtif PAK DA, n’existe encore que sur le papier.
Les estimations sur la flotte restante varient selon les sources. Le Kyiv Post évaluait en 2023 le parc russe à 45 Tu-95MS et 18 Tu-95MSM. Le média Army Recognition, lui, situe la flotte active utilisable entre 27 et 34 appareils, cette perte retirant définitivement un porteur de Kh-101 et Kh-555.
Le site Oryx, qui documente les pertes par l’image, recense 11 Tu-95MS détruits depuis le début de l’invasion à grande échelle. La base d’Engels-2, qui soutient les 184e et 121e régiments d’aviation de bombardiers lourds de la Garde, était fortifiée par la Russie depuis plusieurs mois, avec de nouveaux abris renforcés et des bombardiers leurres peints pour tromper les opérateurs de drones ukrainiens.
Autour du 24 juillet, l’Ukraine a intensifié ses frappes sur d’autres cibles russes : des centres logistiques du détaillant Wildberries à Saint-Pétersbourg, à Tver et en Crimée occupée ont été touchés par drones, provoquant d’épaisses fumées noires visibles sur des vidéos partagées en ligne.
Le 21 juillet, le général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major interarmées des États-Unis, avait par ailleurs annoncé qu’un chasseur ukrainien F-16 avait abattu un avion de chasse russe lors d’un combat aérien, une première du genre.








