Mégafeu en Gironde : l’armée pompier, faute d’anticipation

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Mégafeu en Gironde : l'armée pompier, faute d'anticipation
Mégafeu en Gironde : l'armée pompier, faute d'anticipation | Armees.com

Le « mégafeu » qui ravage la Gironde cet été 2026 dit quelque chose de brutal sur l’état de notre pays : nous appelons l’armée à la rescousse non pas parce qu’elle est la mieux équipée pour cela, mais parce que l’État civil a failli. Derrière l’image rassurante des militaires en première ligne, il faut poser les vraies questions budgétaires et stratégiques.

2,1 milliards €

Budget annuel de la sécurité civile française, dont les moyens aériens restent chroniquement insuffisants face aux mégafeux.

L’armée, variable d’ajustement d’un État débordé

Force est de constater une tendance lourde et préoccupante : à chaque crise majeure sur le territoire national — pandémie, émeutes, inondations, incendies —, c’est vers les armées que le gouvernement se retourne en urgence. Le Conseil des ministres transformé en cellule de crise lundi matin, l’envoi de renforts militaires en Gironde, les déclarations d’impréparation qui fusent des bancs de l’opposition… Ce tableau me semble tristement familier.

Je ne remets pas en cause l’engagement des soldats, qui répondent présent avec un professionnalisme remarquable. Ce que je questionne, c’est le modèle. Utiliser l’armée comme variable d’ajustement permanente des insuffisances de l’État civil a un coût — opérationnel, financier, et surtout capacitaire. Chaque heure passée par un régiment à combattre des incendies est une heure où il n’est pas en entraînement tactique, pas en préparation opérationnelle, pas focalisé sur les missions pour lesquelles il a été formé et financé.

La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit un effort budgétaire réel, porté à 413 milliards d’euros sur la période. Cet argent — le nôtre, celui des contribuables — doit servir à reconstituer les stocks de munitions, à moderniser les équipements, à renforcer la cyberdéfense. Pas à pallier les carences de la sécurité civile.

Le vrai problème : des Canadair commandés trop tard, livrés encore plus tard

La question de l’anticipation mérite qu’on la pose sans détour. La France sait depuis au moins la canicule de 2022 et les mégafeux qui l’ont accompagnée que son parc de bombardiers d’eau est vieillissant et sous-dimensionné. Les Canadair CL-415 ont une moyenne d’âge qui frise les trente ans. Des commandes de nouveaux appareils ont été annoncées, repoussées, réannoncées.

Pendant ce temps, nos voisins espagnols et italiens ont modernisé leurs flottes. La Suède a investi dans des systèmes de détection satellitaire précoce des départs de feux. L’Allemagne, moins exposée certes, a néanmoins rationalisé la coordination entre Bundeswehr et sécurité civile pour éviter précisément les doublons coûteux que nous observons ici.

Ce n’est pas une question idéologique : c’est une question de gestion sérieuse des deniers publics et des priorités stratégiques. Un euro mal dépensé dans la sécurité civile est potentiellement un euro arraché au budget de la Défense, qui en a pourtant un besoin critique pour honorer nos engagements OTAN et maintenir notre autonomie stratégique.

Macron et la mémoire : ne pas confondre symboles et substance

Il y a une ironie dans l’actualité de ce lundi. D’un côté, la crise des mégafeux révèle les failles concrètes de l’État. De l’autre, Le Figaro nous rappelle dix ans de présidence Macron sous le signe des grandes commémorations, des cérémonies militaires soigneusement mises en scène, des hommages nationaux savamment orchestrés.

Je respecte le rôle symbolique du chef des armées. Mais les soldats, eux, ont besoin de munitions plus que de médailles. Ils ont besoin d’hélicoptères opérationnels, de transmissions sécurisées, d’équipements modernes — pas de discours sur le parvis du Panthéon.

L’armée française est l’une des plus capables d’Europe. Elle mérite mieux que d’être le pompier de service d’un État qui n’assume pas ses propres responsabilités. C’est à cela que servira la prochaine revue budgétaire : distinguer enfin ce que l’armée doit faire de ce qu’on lui fait faire faute d’avoir préparé le reste.

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