Dassault tente un coup aux Philippines avec le Rafale face à quatre concurrents, alors que le budget de Manille ne dépasse pas 2 milliards de dollars

Cinq chasseurs, deux programmes, des milliards en jeu. Entre Rafale, Gripen et F-16 poussé par Washington, Manille doit trancher avant fin 2026. Qui décrochera ce contrat stratégique face à la Chine ?

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Dassault tente un coup aux Philippines avec le Rafale face à quatre concurrents, alors que le budget de Manille ne dépasse pas 2 milliards de dollars
Dassault tente un coup aux Philippines avec le Rafale face à quatre concurrents, alors que le budget de Manille ne dépasse pas 2 milliards de dollars © Armees.com

Le secrétaire à la Défense nationale philippin, Gilberto Teodoro Jr, a confirmé lundi 20 juillet 2026 la liste des cinq avionneurs encore en lice dans le programme d’avions multirôles (MRF) destiné à renouveler la flotte de chasse du pays. Y figurent le Gripen suédois de Saab, le F-16V Viper américain de Lockheed Martin, le Rafale français de Dassault Aviation, l’Eurofighter Typhoon porté par Airbus, BAE Systems et Leonardo, et le KF-21 Boramae sud-coréen de Korea Aerospace Industries, encore en développement.

Le Gripen suédois était depuis longtemps considéré comme le favori de cette compétition. Selon Paris Match, le Rafale reste néanmoins dans la course, un marché suivi de près par l’industrie de défense française : Dassault Aviation cherche à élargir sa base de clients en Asie du Sud-Est.

Un « package » complet réclamé par Manille

L’acquisition reste conditionnée au financement du gouvernement philippin. Teodoro souhaite que le programme soit livré sous forme de package complet, incluant un système de détection et de contrôle aéroporté (AWACS) et des avions ravitailleurs, afin que la flotte soit pleinement opérationnelle dès sa mise en service. Ces équipements additionnels alourdiront sensiblement la facture globale, a précisé le ministre.

Le budget du programme MRF est évalué entre 60 et 100 milliards de pesos philippins, soit environ 850 millions à 1,42 milliard d’euros, une fourchette qui ne tient pas compte du coût des AWACS et des ravitailleurs. Le programme s’intègre au plan de modernisation militaire Re-Horizon 3 des forces armées philippines.

Discussions avancées avec Stockholm

Teodoro a rencontré son homologue suédois, Pål Jonson, jeudi 23 juillet 2026, une entrevue présentée comme le signe de discussions avancées entre Manille et Stockholm. Sur les réseaux sociaux, le ministre suédois de la Défense a indiqué avoir « discuté de la coopération bilatérale en matière de défense, de la sécurité maritime, de la protection des infrastructures sous-marines critiques et des défis sécuritaires évolutifs auxquels sont confrontées nos régions ».

Un second volet à 2,8 milliards de dollars

Par ailleurs, l’armée de l’air philippine évalue de son côté cinq avions de combat pour remplacer sa flotte de FA-50, les 12 appareils actuels fabriqués par Korea Aerospace Industries. Manille a ouvert une consultation pour acquérir entre 12 et 24 chasseurs multirôles, avec cinq candidats retenus par l’état-major :

  • le Rafale
  • le F-16 Block 70/72 de Lockheed Martin
  • le F/A-18 Super Hornet
  • le F-15EX Eagle II de Boeing
  • le Gripen E de Saab

Le budget alloué à cette consultation, selon les documents budgétaires de la défense philippine publiés en juin 2026, atteint 2,8 milliards de dollars. La décision finale revient au président Ferdinand Marcos Jr et est attendue avant fin 2026, avec une signature de contrat envisagée au premier trimestre 2027 et des premières livraisons prévues pour 2029.

Le FA-50, bimoteur d’entraînement avancé, dispose d’un rayon d’action de 740 kilomètres, jugé insuffisant pour intercepter des appareils chinois loin des bases philippines et privé d’armement lourd.

Le F-16 poussé par Washington

Le Pentagone a confirmé le 18 juillet 2026 proposer à Manille un financement militaire étranger de 500 millions de dollars pour faciliter l’achat du F-16 Block 70/72, annoncé lors de la visite du secrétaire d’État adjoint américain dans la capitale philippine.

Cette aide réduit de 18 % le coût de l’appareil pour Manille et positionne Lockheed Martin en favori du processus. Le F-16 Block 70/72, dernière version en production, embarque le radar AESA APG-83 SABR pour un prix unitaire estimé entre 70 et 80 millions de dollars, avec un rayon d’action de 1 300 kilomètres.

Des experts locaux lui attribuent 60 % de chances de l’emporter, en raison du soutien de Washington et de la familiarité des pilotes philippins avec les systèmes américains déjà présents sur les C-130 et les hélicoptères UH-1.

Rafale, Gripen et les deux Boeing

Dassault Aviation mise sur l’autonomie du Rafale et sur ses capacités air-air et air-sol. L’appareil équipe déjà dix forces aériennes, avec 272 exemplaires vendus à l’export depuis 2015, pour un prix unitaire compris entre 115 et 130 millions de dollars incluant généralement les missiles MICA, Meteor et AASM ainsi qu’un contrat de soutien de cinq ans.

Pour 24 appareils, l’enveloppe totale atteindrait 3,1 milliards de dollars, au-dessus du budget philippin, sauf si Paris propose un financement export via BpiFrance ou Coface. Son rayon d’action grimpe à 1 850 kilomètres avec réservoirs externes.

Le Gripen E se présente comme l’option la moins chère, autour de 85 millions de dollars l’unité, Saab proposant un transfert de technologie partiel et une maintenance locale. Cet argument avait convaincu Bangkok en 2023, avec une commande de 12 appareils pour 1,1 milliard de dollars.

Le Super Hornet de Boeing coûte environ 95 millions de dollars l’unité et le F-15EX Eagle II environ 140 millions : deux appareils plus onéreux qui dépasseraient probablement l’enveloppe disponible pour un escadron complet de 24 exemplaires.

La mer de Chine méridionale en toile de fond

L’armée de l’air philippine a besoin de chasseurs capables de patrouiller au-dessus de la mer de Chine méridionale, où les tensions avec Pékin se multiplient depuis trois ans, pour sécuriser la zone économique exclusive du pays. Le futur appareil devra couvrir les îles Spratley, à 900 kilomètres de la base de Clark, dans le nord de Luzon.

L’état-major privilégie un appareil compatible avec les systèmes américains déployés dans le cadre de l’Enhanced Defense Cooperation Agreement, signé en 2014 et élargi en 2023. Neuf bases philippines accueillent désormais des rotations de troupes américaines et du matériel prépositionné, une interopérabilité qui favorise les trois candidats américains, partageant les mêmes protocoles de communication et standards logistiques que l’US Air Force.

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