Le ministère de la Présidence a publié au Boletín Oficial del Estado (BOE) l’appel à candidatures pour 500 places de réserviste volontaire pour 2026. D’après Cronista, cette convocation, parue en mars 2026, s’adresse pour la première fois à une génération précise : les jeunes nés en 2007 et en 2008 sont les premiers à pouvoir postuler à ce programme, entièrement fondé sur le volontariat.
Un réserviste volontaire est, selon la définition du ministère de la Défense, un Espagnol qui exerce son droit constitutionnel de défendre le pays en se liant temporairement aux Forces armées par un engagement de disponibilité. Contrairement à un militaire actif, il conserve sa vie civile et professionnelle : les Forces armées ne peuvent le mobiliser qu’en cas de conflit ou de besoin particulier.
La formation militaire de base dure entre un et 30 jours. Une fois cette instruction réussie, les candidats signent un engagement initial de trois ans et obtiennent le grade d’Alférez, de Sargento ou de Soldado (ou Marinero), selon la catégorie à laquelle ils ont accédé.
L’accès dépend du niveau d’études. La catégorie Alférez suppose un premier cycle universitaire ou une licence, difficilement accessible à cette génération encore jeune. Celle de Sargento demande une formation professionnelle ou un diplôme de niveau Grado Medio. La catégorie Soldado reste ouverte aux autres profils, avec le graduado escolar ou la réussite d’au moins la deuxième année de l’ESO comme minimum requis.
Dans tous les cas, il faut avoir la nationalité espagnole, 18 ans révolus, aucun antécédent pénal et réussir les tests psychotechniques correspondants.
Jusqu’à 2 400 euros bruts pour un mois de formation
L’État prévoit une indemnisation équivalant à deux ou trois fois le salaire minimum interprofessionnel journalier selon l’échelle : deux fois pour la troupe et la marine, deux fois et demie pour les sous-officiers, trois fois pour les officiers. Cette rémunération s’applique aussi bien pendant l’instruction que lors des périodes d’activation.
Concrètement, un réserviste de troupe ou de marine suivant une formation de 30 jours peut percevoir jusqu’à 2 400 euros bruts en un seul mois, un montant qui rend cette voie attractive au-delà de sa seule dimension d’engagement.
Le contingent de 500 places pour réservistes volontaires s’inscrit dans un décret de recrutement plus large pour 2026, qui prévoit 2 863 places d’accès et d’affectation à un corps et une échelle, dont 1 256 en entrée directe et 1 607 par promotion, auxquelles s’ajoutent jusqu’à 1 000 places pour les militaires de troupe et marine en relation permanente et 81 pour l’échelle des officiers de la Guardia Civil.
On compte en 2026 plus de 3 000 réservistes volontaires en Espagne, à ne pas confondre avec les 10 000 réservistes de disponibilité spéciale, des ex-militaires de plus de 45 ans ne pouvant plus servir en troupe ou en marine.
Un débat rouvert par les tensions géopolitiques
Il n’existe pas de service militaire obligatoire en Espagne, suspendu depuis 2001. Ce programme n’en constitue donc pas le retour : il s’inscrit dans le modèle d’armée professionnelle du pays, fondé sur des systèmes de réserve volontaire, avec pour objectifs affichés d’élargir la base sociale de soutien aux Forces armées et d’encourager la participation féminine.
L’article 30 de la Constitution reconnaît à la fois le droit et le devoir de défendre l’Espagne, tout en prévoyant l’objection de conscience et des options de service non combattant comme la protection civile ou l’assistance sanitaire.
Les tensions géopolitiques ont pourtant rouvert en Espagne un débat considéré comme clos depuis plusieurs années. Une enquête de l’institut britannique YouGov, réalisée fin 2025, mesurait à 42,1 % le soutien au retour du service militaire obligatoire dans le pays.
Plusieurs voisins européens ont déjà franchi ce pas ou renforcé leurs dispositifs : la Pologne, la Lettonie et l’Estonie ont mis en place des programmes de préparation civile et militaire de base, la Lettonie ayant rétabli la conscription en 2023 tandis que l’Estonie n’a jamais supprimé la sienne, en raison de sa proximité avec la Russie.
En Allemagne, depuis le 1er janvier 2026, tous les jeunes, en particulier les hommes nés à partir de 2008, doivent désormais s’enregistrer et passer des évaluations médicales, sous peine d’une amende pouvant atteindre 1 000 euros, sans que l’engagement lui-même soit obligatoire.
Le modèle espagnol s’inspire pour sa part de pays comme la Suisse, qui a renforcé ces dernières années sa préparation militaire volontaire. Les candidatures pour les 500 places de 2026 restent ouvertes aux natifs de 2007 comme à ceux de 2008.








