Blocage des lycées : le rôle trouble de LFI dans les violences

Une note du renseignement parisien analyse les blocages de lycées en Seine-Saint-Denis et évoque l’implication de militants de LFI et de groupes de gauche radicale dans la mobilisation.

Publié le
Lecture : 3 min
Une note du renseignement parisien analyse les blocages de lycées en Seine-Saint-Denis et évoque l’implication de militants de LFI et de groupes de gauche radicale dans la mobilisation. ChatGPT
Une note du renseignement parisien analyse les blocages de lycées en Seine-Saint-Denis et évoque l’implication de militants de LFI et de groupes de gauche radicale dans la mobilisation. ChatGPT | Armees.com

La mobilisation lycéenne partie d’Île-de-France s’est rapidement étendue à plusieurs villes françaises. Derrière les revendications sur les conditions d’enseignement, les incidents et les affrontements, une question est devenue centrale : quel rôle jouent les organisations politiques dans le mouvement ? Une note du service de renseignement de la préfecture de police de Paris, révélée par Le Figaro, estime que plusieurs organisations de gauche radicale, dont LFI, participent à la dynamique. Une analyse contestée par les Insoumis et qui ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’ensemble de la contestation.

Une note du renseignement décrit un mouvement inhabituel en Seine-Saint-Denis

Le document à l’origine des interrogations est intitulé « Actions lycéennes en Seine-Saint-Denis : un mouvement à la physionomie inédite ». Il retrace les premiers jours de mobilisation observés dans le département à partir du 21 septembre. Selon l’analyse des services de la préfecture de police de Paris, la contestation se distingue de précédents mouvements lycéens par ses modes d’action. Incendies de mobilier urbain, tirs de mortiers d’artifice, présence de personnes extérieures aux établissements et déplacements rapides entre plusieurs lycées sont notamment relevés. Les auteurs s’intéressent également à l’utilisation de Snapchat et TikTok pour diffuser des appels au blocage. Certains visuels auraient été produits avec des outils d’intelligence artificielle, donnant une apparence organisée à des initiatives dont une partie ne s’est finalement pas concrétisée. La note mentionne aussi la présence ponctuelle de militants issus de structures étudiantes ou politiques, notamment la Fédération syndicale étudiante, Le Poing levé, Révolution permanente et LFI. Elle avance ainsi l’hypothèse d’une influence extérieure sur une partie de la mobilisation. Cette conclusion constitue toutefois une analyse du renseignement, et non l’établissement d’une responsabilité pénale ou d’une chaîne de commandement politique démontrée.

Cette lecture rejoint en partie celle défendue publiquement par le gouvernement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reproché à des responsables de LFI d’encourager l’extension des blocages. Plusieurs élus insoumis se sont effectivement rendus devant des établissements mobilisés. Le député Paul Vannier était par exemple présent à Argenteuil, tandis que Louis Boyard s’est déplacé à Montreuil. Jean-Luc Mélenchon a lui-même appelé les militants de son mouvement et les parents à se mobiliser aux côtés des lycéens. LFI récuse néanmoins l’idée selon laquelle le parti serait à l’origine de la contestation. Ses responsables présentent leur présence comme un soutien aux revendications des élèves et mettent en cause la gestion policière des rassemblements. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a notamment rejeté publiquement l’accusation d’instrumentalisation politique.

Le rôle de LFI au cœur d’un mouvement aux causes plus larges

La présence de LFI ne résume cependant pas l’origine du mouvement lycéen. Les témoignages recueillis devant plusieurs établissements font apparaître des revendications concrètes. Des élèves évoquent le manque d’enseignants et de personnels, des classes surchargées, des emplois du temps difficiles, des bâtiments dégradés ou encore la pression liée à Parcoursup. En Seine-Saint-Denis, les difficultés de l’Éducation nationale sont par ailleurs antérieures aux événements de septembre. Dès le mois de juin, des organisations syndicales dénonçaient des fermetures de classes et des suppressions de postes prévues pour la rentrée. Le 29 septembre, le mouvement a changé d’échelle lorsque l’Union syndicale lycéenne a appelé à généraliser les blocages à l’occasion de la mobilisation de la fonction publique. Plusieurs centaines d’établissements ont alors été concernés à travers la France. Des lycéens interrogés en région parisienne ont également contesté l’idée d’une mobilisation téléguidée politiquement, en mettant en avant leurs propres conditions d’études.

La particularité de la note du renseignement est donc moins de nier l’existence de ce mécontentement que de s’interroger sur les mécanismes ayant favorisé son extension et sa radicalisation dans certaines villes. Les services relèvent notamment la présence de militants extérieurs aux lycées parmi certaines personnes contrôlées ou interpellées, ainsi que des initiatives inspirées des pratiques traditionnelles des mouvements militants, comme les rassemblements devant les commissariats après des gardes à vue. Les analystes rapprochent également certains appels diffusés sur les réseaux sociaux du « Blocus Challenge » lancé en 2023 par Louis Boyard pendant la mobilisation contre la réforme des retraites. À l’époque, le député LFI avait proposé de mettre en avant les établissements mobilisés sur les réseaux sociaux.

La montée des violences complique encore la lecture politique du mouvement. Des incendies, des jets de projectiles et des tirs de mortiers ont été signalés dans plusieurs villes. Le mouvement a aussi provoqué de nombreuses interpellations et fait des blessés parmi les élèves, les personnels et les forces de l’ordre. Dans le même temps, SUD éducation et d’autres organisations syndicales ont dénoncé l’action de la police et soutenu les revendications des lycéens. La contestation apparaît donc composée de plusieurs dynamiques qui se superposent : revendications scolaires locales, mobilisation syndicale nationale, circulation virale des appels sur les réseaux sociaux, épisodes de violences et intervention croissante de responsables politiques.

La note de la préfecture de police apporte ainsi un éclairage précis sur ce qui s’est produit en Seine-Saint-Denis. Elle considère que LFI et plusieurs organisations situées à la gauche radicale ont joué un rôle dans la mobilisation et dans sa diffusion. Mais les informations disponibles publiquement montrent également qu’une partie importante des élèves mobilisés formule des revendications scolaires identifiables et que l’appel national aux blocages a été porté par l’Union syndicale lycéenne. Entre mobilisation spontanée, relais militants et récupération politique, déterminer la part exacte de chaque acteur reste donc au cœur de la controverse.

Laisser un commentaire

Share to...