Guerre économique : la France dépense, mais protège-t-elle vraiment ?

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Guerre économique : la France dépense, mais protège-t-elle vraiment ?
Guerre économique : la France dépense, mais protège-t-elle vraiment ? | Armees.com

Le Figaro pose la question ce mercredi : comment renforcer l’arsenal français de guerre économique face aux acquisitions étrangères et à l’espionnage industriel ? Une bonne question. Mais avant d’imaginer une « police de la souveraineté », encore faudrait-il s’assurer que l’argent public déjà mobilisé sert à quelque chose. Le bilan est, disons-le franchement, mitigé.

**1,2 milliard €**

Budget annuel estimé des dispositifs français de surveillance et de filtrage des investissements étrangers (FIRME, services de renseignement économique, Direction générale du Trésor), tous guichets confondus.

La souveraineté économique : un mot valise qui coûte cher

La France adore les grands mots. « Souveraineté », « résilience », « indépendance stratégique » : depuis 2020, ces termes ont envahi les discours ministériels et, surtout, les lignes budgétaires. On a créé des cellules, des comités, des délégations interministérielles, des plans de filières. On a réformé le décret IEF — Investissements Étrangers en France — en 2019, puis en 2022, puis encore en 2024. À chaque réforme, davantage de fonctionnaires, davantage de procédures, davantage de formulaires.

Résultat ? Des entreprises stratégiques françaises continuent de passer sous pavillon étranger chaque année, souvent sans que les alarmes sonnent à temps. Pendant ce temps, l’Allemagne, avec son mécanisme AWV, bloque ou conditionne deux fois plus d’opérations par an que la France, pour un coût administratif inférieur. La Suède, elle, a construit un dispositif léger, lisible, piloté par une agence unique disposant de vrais pouvoirs d’injonction. Pas dix-sept services qui se chevauchent et se renvoient les dossiers.

Force est de constater que la France a une fâcheuse tendance à confondre la création de structures avec l’efficacité opérationnelle.

Espionnage industriel : l’angle mort budgétaire

L’article du Figaro pointe également l’espionnage économique. Sujet sérieux. La DGSI estime que plusieurs dizaines de milliards d’euros de valeur technologique s’évaporent chaque année au bénéfice de puissances étrangères — Chine en tête, mais pas seulement. C’est colossal. Et pourtant, les moyens alloués à la contre-ingérence économique restent insuffisants et, surtout, jamais évalués publiquement.

On peut se demander combien coûte réellement, en équivalents temps plein et en budget opérationnel, la protection du patrimoine industriel français. La réponse honnête est : personne ne le sait vraiment, car ces crédits sont éparpillés entre la DGSI, la DGSE, le Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Économiques (SISSE) et les directions ministérielles sectorielles. C’est l’exact opposé d’une gestion budgétaire rigoureuse.

La comparaison avec le Royaume-Uni est instructive. Le NCSC britannique publie chaque année un rapport public détaillé sur les menaces et les résultats obtenus. Budget clairement identifié, indicateurs de performance, responsabilité devant le Parlement. En France, ce niveau de transparence reste une exception rarissime dans le domaine régalien.

Une « police de la souveraineté » ? Seulement si elle rend des comptes

Créer une nouvelle structure dédiée à la guerre économique — l’idée circule dans les couloirs de Bercy et du Quai d’Orsay — peut avoir du sens. À une condition absolue : qu’elle soit dotée d’objectifs clairs, d’un budget identifié, et d’une obligation de résultats mesurables. Pas un énième millefeuille administratif qui génère des rapports que personne ne lit.

La vraie réforme, celle qui coûte peu et rapporte beaucoup, consiste d’abord à rationaliser l’existant : fusionner les guichets, clarifier les responsabilités, supprimer les doublons. Avant de dépenser davantage, on devrait exiger un audit complet de ce qui existe.

La souveraineté économique n’est pas un chèque en blanc. C’est une politique publique comme une autre : elle doit être évaluée, rendue publique, et si elle ne fonctionne pas, réformée sans état d’âme. Il est temps que les parlementaires l’exigent.

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