Industrie de l’armement : Berlin lorgne désormais sur 50% de KNDS

L’Allemagne envisage de racheter les 50 % de KNDS détenus par les familles allemandes. Une opération stratégique qui pourrait transformer durablement la gouvernance du groupe franco-allemand de Défense terrestre.

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L’Allemagne envisage de racheter les 50 % de KNDS détenus par les familles allemandes. Une opération stratégique qui pourrait transformer durablement la gouvernance du groupe franco-allemand de Défense terrestre. ChatGPT
L’Allemagne envisage de racheter les 50 % de KNDS détenus par les familles allemandes. Une opération stratégique qui pourrait transformer durablement la gouvernance du groupe franco-allemand de Défense terrestre. ChatGPT | Armees.com

L’avenir capitalistique de KNDS pourrait connaître un tournant majeur. Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, le gouvernement fédéral étudie désormais le rachat de l’intégralité des 50 % détenus par les actionnaires familiaux allemands. L’objectif affiché est de préserver une stricte parité avec la France dans l’un des groupes les plus stratégiques de l’industrie européenne de Défense. Cette hypothèse prend de l’ampleur alors que le projet d’introduction en Bourse de KNDS est désormais suspendu et que les négociations se concentreraient essentiellement sur le prix.

Berlin veut sécuriser sa place dans le capital de KNDS

Le scénario d’une entrée massive de l’État allemand dans KNDS s’est précisé au cours des derniers mois. Le groupe est actuellement détenu à parts égales par deux blocs. La moitié du capital appartient à l’État français, via Giat Industries. Les 50% restants sont entre les mains de Wegmann & Co., qui représente les familles propriétaires de l’ancienne Krauss-Maffei Wegmann. Cette structure trouve son origine dans le rapprochement réalisé en 2015 entre le français Nexter Systems et l’allemand KMW. Elle avait été pensée dès le départ pour empêcher qu’un pays ne domine l’autre. Mais le souhait des familles allemandes de céder leurs participations remet aujourd’hui cet équilibre en question. D’après les informations publiées le 14 octobre par Handelsblatt, à l’origine des nouvelles révélations sur le dossier, Berlin serait désormais disposé à reprendre la totalité des actions allemandes. Reuters a confirmé l’existence de discussions portant sur une participation pouvant atteindre 50%. Selon l’agence, les positions entre les vendeurs et l’État allemand ne seraient plus très éloignées sur la question du prix. Le ministère allemand de l’Économie a pour sa part confirmé que le gouvernement envisageait une participation à parité avec la France afin de protéger des technologies jugées essentielles pour l’industrie de Défense.

Cette perspective constitue un changement important par rapport au schéma envisagé au début de l’été. Paris et Berlin avaient alors trouvé un compromis associant participation publique et ouverture du capital. L’Allemagne devait acquérir 40% de KNDS tandis que l’État français devait ramener sa participation de 50% à 40%. Environ 20% des titres auraient ensuite été proposés aux investisseurs dans le cadre d’une introduction en Bourse. L’Élysée avait officialisé le 22 juin un accord entre les deux pays portant sur la stratégie et la gouvernance du groupe. Paris et Berlin y affirmaient notamment leur volonté de rester sur un pied d’égalité et de conserver une influence comparable sur les principales décisions. Le communiqué français insistait également sur la sécurisation des technologies sensibles, la montée des capacités de production, le développement des synergies industrielles et le renforcement de la chaîne d’approvisionnement européenne. La dégradation des conditions boursières a toutefois compliqué ce scénario. Le projet de cotation de KNDS, qui devait compter parmi les principales introductions en Bourse du secteur européen de l’armement, a finalement été mis en pause. L’opération aurait permis aux actionnaires historiques de céder une partie de leurs titres tout en faisant entrer des investisseurs institutionnels. Désormais, l’hypothèse d’une structure détenue directement à 50% par Paris et à 50% par Berlin apparaît beaucoup plus crédible.

Une bataille de souveraineté autour d’un champion européen de la Défense terrestre

L’enjeu dépasse largement une simple opération financière. KNDS occupe une position centrale dans le réarmement européen. Le groupe rassemble certaines des principales capacités industrielles françaises et allemandes dans les équipements terrestres lourds. Côté allemand, il produit notamment le char Leopard 2 et participe aux programmes Boxer, Puma ou encore RCH 155. En France, KNDS est notamment associé au char Leclerc et au canon CAESAR, devenu l’un des systèmes d’artillerie européens les plus visibles depuis le début de la guerre en Ukraine. Le groupe bénéficie donc directement de l’augmentation des commandes militaires européennes et de la volonté des États de reconstituer leurs stocks. Cette importance explique la prudence de Berlin face à une éventuelle sortie des familles allemandes. Une vente à un fonds d’investissement ou à un autre acteur industriel modifierait profondément l’équilibre politique de l’entreprise. Le fonds américain Warburg Pincus aurait d’ailleurs examiné récemment l’acquisition d’une participation significative. Dans ce contexte, une reprise directe des titres par l’Allemagne offrirait à Berlin un contrôle comparable à celui exercé par Paris. Elle permettrait également au gouvernement fédéral de peser directement sur les décisions concernant les capacités industrielles allemandes, les investissements et certains futurs programmes d’armement terrestre. Selon Handelsblatt, les discussions devraient désormais porter principalement sur la valorisation de la participation détenue par Wegmann & Co.

Une acquisition de 50% de KNDS par l’État allemand pourrait ainsi consolider la dimension binationale du groupe, mais elle renforcerait parallèlement son caractère politique. Paris et Berlin deviendraient directement les deux actionnaires de référence d’une entreprise considérée comme stratégique pour la souveraineté militaire européenne. Cette évolution interviendrait alors même que les deux pays cherchent à approfondir leur coopération industrielle tout en défendant leurs propres intérêts nationaux. L’accord annoncé par l’Élysée en juin présentait justement KNDS comme un instrument destiné à répondre à la croissance de la demande européenne, à développer les coopérations techniques et commerciales et à consolider la souveraineté industrielle française et allemande. Le futur actionnariat devra néanmoins préserver cette logique de parité dans la durée. La question est d’autant plus sensible que KNDS se trouve au cœur de plusieurs réflexions sur le futur de l’armement terrestre européen, alors que les besoins en chars, véhicules blindés et artillerie augmentent fortement. Le projet d’introduction en Bourse n’est officiellement pas définitivement abandonné par le groupe, mais le scénario paraît aujourd’hui secondaire face aux négociations entre Berlin et les propriétaires allemands. Reuters rapporte d’ailleurs que KNDS continue de présenter une cotation comme un objectif potentiel, même si aucune échéance n’est actuellement confirmée. Si l’accord aboutit, KNDS retrouverait donc une architecture capitalistique particulièrement lisible : une moitié française et une moitié allemande. Dix ans après le rapprochement entre Nexter et KMW, le groupe pourrait ainsi revenir à son principe fondateur, mais avec une différence essentielle : cette fois, les deux côtés de la frontière seraient directement représentés par les États.

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