Eramet, loin d’être simplement un groupe minier en difficulté, représente un enjeu crucial pour la défense nationale. L’État français investit 500 millions d’euros pour garantir l’accès à des métaux critiques essentiels à l’armement, face à la dépendance croissante envers la Chine et aux risques de rupture d’approvisionnement. Cette opération, annoncée par l’Élysée le 12 octobre 2026, augmente la participation de l’État de 27% à près de 50%, reléguant la famille Duval au second plan après 27 ans de contrôle.
Les métaux critiques : enjeux géopolitiques modernes
Le manganèse, le nickel et le lithium ne sont pas seulement utilisés dans les batteries électriques ; ils sont essentiels à l’industrie de la défense. Le manganèse renforce les blindages des véhicules militaires, le nickel est crucial pour les alliages des turbines d’avions de chasse et des sous-marins, et le lithium alimente les systèmes de communication des forces armées. Sans accès sécurisé à ces ressources, la production d’armements français pourrait connaître des ruptures critiques.
Eramet : pilier stratégique français
Eramet exploite des mines de manganèse au Gabon, de nickel en Nouvelle-Calédonie et développe une filière lithium en Argentine, produisant 3,5 millions de tonnes de manganèse par an. Sa mine calédonienne fournit des alliages pour l’aéronautique et la défense. Peu d’acteurs en Europe peuvent extraire et transformer ces métaux à grande échelle, ce qui fait d’Eramet un atout stratégique pour l’approvisionnement des industries de défense sans dépendre des circuits chinois ou russes.
En 2025, Eramet a subi une perte nette de 477 millions d’euros, son endettement atteignant un niveau critique. Les crises en Nouvelle-Calédonie ont paralysé la production de nickel. Sans intervention, Eramet risquait la faillite ou un rachat étranger, menaçant l’accès souverain de la France à ces métaux. Comme l’a déclaré Christel Bories, PDG d’Eramet, « Cette opération est indispensable pour assurer la pérennité financière du groupe ». Pour Paris, laisser Eramet sombrer reviendrait à perdre un pilier de la défense industrielle.
Stratégie de défense industrielle de l’État
L’Agence des participations de l’État (APE) souscrit à la majorité de l’augmentation de capital de 500 millions d’euros, prévue entre fin octobre et fin 2026. L’État rachète également des droits de souscription de la famille Duval, augmentant sa participation sans dépasser 50%. Cette injection vise à réduire le levier net, rééquilibrer le bilan et financer la reprise opérationnelle. Au-delà du redressement financier, l’objectif est de maintenir Eramet sous contrôle français pour sécuriser l’approvisionnement en métaux critiques. L’État avait déjà soutenu le groupe en 2015-2016 avec un prêt de 525 millions d’euros à SLN, montrant la constance de son engagement.
Derrière ces chiffres, une doctrine de souveraineté s’impose. La France cherche à garantir son indépendance en matière de défense, évitant toute dépendance externe sur les intrants stratégiques. Les métaux critiques sont essentiels pour produire avions de combat, frégates, chars et missiles. L’UE a classé 34 matières premières comme critiques, dont le manganèse, le nickel et le lithium. Contrôler Eramet permet à Paris de peser dans les négociations européennes sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et de proposer une alternative continentale aux importations asiatiques.
Course mondiale pour les métaux critiques
La compétition pour les métaux critiques redessine les alliances géopolitiques. Les États-Unis ont lancé l’Inflation Reduction Act en 2022, mobilisant 369 milliards de dollars pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. La Chine verrouille ses exportations et achète des mines en Afrique et en Amérique latine. L’Europe, longtemps passive, réagit avec son Critical Raw Materials Act, visant 10% d’extraction locale et 40% de transformation d’ici 2030. Eramet s’inscrit dans cette dynamique. Ses actifs en Afrique et en Amérique latine offrent une diversification géographique précieuse








