Alors que l’administration Trump a décidé de revenir aux catapultes à vapeur pour les porte-avions américains, l’amiral Christophe Cluzel reste confiant dans la fiabilité des EMALS, confirmant le maintien du contrat pour le porte-avions France Libre. Lors de son audition parlementaire le 14 octobre 2026, le chef d’état-major de la Marine nationale a écarté les inquiétudes : « Je ne vois pas notre contrat être menacé », a-t-il affirmé, malgré la décision présidentielle américaine du mois d’août dernier.
EMALS vs vapeur : la bataille technologique des catapultes
Les catapultes électromagnétiques EMALS (Electromagnetic Aircraft Launch System) marquent une avancée technologique significative. Contrairement aux systèmes à vapeur, qui reposent sur la pression, les EMALS utilisent des moteurs linéaires électromagnétiques, offrant une accélération plus douce et progressive. Cela réduit les contraintes mécaniques sur les avions. Les trois catapultes prévues pour le porte-avions France Libre permettront de lancer des appareils plus lourds avec une cadence supérieure. Le système offre une modularité qui permet d’ajuster précisément la puissance selon le type d’appareil, du drone léger au Rafale Marine.
L’ordonnance Trump d’août 2026 marque un retour en arrière surprenant. Un officier de marine aurait convaincu le président américain de la fiabilité supérieure des systèmes à vapeur, selon L’Opinion. Cependant, ces catapultes, bien qu’éprouvées depuis les années 1950, demandent beaucoup d’entretien et leur flexibilité est limitée. La décision semble influencée par des considérations politiques plutôt que techniques. L’US Navy n’a pas encore validé cette orientation stratégique.
La fiabilité éprouvée : ce que la Marine française sait des EMALS
Les statistiques américaines soulignent l’efficacité des EMALS. « La catapulte électromagnétique est redoutablement efficace, avec près de 40 000 lancements et un taux de disponibilité proche de 98% », a déclaré l’amiral Cluzel. Grâce à leur accès privilégié aux données d’exploitation de l’USS Gerald R. Ford, la Marine française a renforcé sa confiance dans cette technologie, comme le rapporte Zone Militaire.
Le porte-avions France Libre, attend pour 2038 avec un coût de 10 milliards d’euros, sera équipé de trois EMALS fournies par General Atomics. Ce triple équipement, contrairement aux deux catapultes à vapeur du Charles de Gaulle, assurera une cadence de lancement accrue et une redondance opérationnelle. Les exigences incluent le lancement d’appareils de 20 à 35 tonnes à une cadence de 12 lancements par heure en configuration combat, et un maintien opérationnel sans maintenance lourde pendant 90 jours. La Marine française prévoit également un stock important de pièces de rechange pour l’autonomie des réparations.
La Marine française face à la décision Trump
Après l’ordonnance présidentielle, l’amiral Cluzel a rencontré l’amiral Daryl Caudle de l’US Navy pour clarifier la position américaine. Washington fait la distinction entre les programmes nationaux et les engagements internationaux. General Atomics respecte ses obligations envers Paris, indépendamment des débats politiques américains. La coopération franco-américaine dans le domaine aéronaval s’inscrit dans une logique de long terme, soutenue par les programmes conjoints de drones navals et les accords d’interopérabilité OTAN.
Le contrat français avec General Atomics reste protégé juridiquement. La décision américaine n’affecte que les futures acquisitions de l’US Navy, sans rétroactivité sur les exportations. « La décision concernant l’abandon des EMALS n’est pas encore finalisée », a précisé l’amiral Cluzel. La dépendance technologique avait été « assumée et maîtrisée » dès le lancement du programme France Libre. Les experts juridiques ont validé les clauses garantissant la livraison et le soutien technique jusqu’en 2050.
Autonomie technologique : la feuille de route française (2028-2038)
Une étude sur la capacité française à développer ses propres catapultes électromagnétiques aboutira en 2028. « Nous pourrions le faire, mais cela prendrait plus de temps que l’horizon d’admission du France Libre, et coûterait bien plus cher », admet l’amiral Cluzel. Naval Group et Thales explorent des pistes pour la souveraineté technologique, avec l’objectif de développer une expertise nationale pour le successeur du France Libre, prévu après 2060. La stratégie française allie pragmatisme immédiat et préparation à l’indépendance future, contrastant avec d’autres secteurs stratégiques où la dépendance est problématique. Entre 2036 et 2038, la Marine nationale disposera de deux porte-avions, garantissant une permanence aéronavale inédite depuis des décennies.








