Un premier tir de torpilles réelles était programmé pour mai 2026 dans les eaux proches des Canaries, selon les informations diffusées par Cronista. Présentée comme la dernière étape avant l’intégration définitive du sous-marin S-81 « Isaac Peral » dans la flotte espagnole, cette manœuvre doit valider l’ensemble de son armement, torpilles, mines et missiles compris.
Le sous-marin, développé intégralement par l’entreprise Navantia, avait été livré à la Armada espagnole en novembre 2023. Depuis, il a accumulé plus de 130 jours de navigation dans le cadre de sa certification opérationnelle, dont trois jours consécutifs en immersion complète. Les missions à venir doivent aller jusqu’à un mois, pour tester résistance, autonomie et capacité tactique avant une entrée en service pleine et entière attendue courant 2026.
Un sous-marin pensé pour la discrétion
Long de 80,8 mètres et affichant un déplacement en immersion d’environ 3 000 tonnes, le S-81 peut plonger à plus de 300 mètres de profondeur, avec une descente de la cote périscopique à la profondeur opérationnelle en moins de cinq minutes. Ses six tubes lance-torpilles permettent de déployer torpilles lourdes, mines navales et missiles capables d’atteindre des cibles marines et terrestres à plus de 40 kilomètres.
Le système de combat, conçu par Navantia Sistemas, centralise capteurs, navigation et armement dans un réseau unique de gestion tactique. L’élément le plus notable reste le système de propulsion AIP, indépendant de l’air, qui doit permettre au sous-marin de rester immergé bien plus longtemps sans remonter recharger ses batteries. Plus de 6 000 câbles et près de 10 000 tuyauteries irriguent l’ensemble des systèmes de navigation, de propulsion, de combat et de soutien vital.
Quarante-trois marins sans intimité
Le sous-marin embarque un équipage de 43 membres, sans la moindre chambre individuelle. Les marins dorment dans des cabines partagées, sur des couchettes compactes, avec un roulement organisé par tours. Pour toute la dotation, seulement trois toilettes et deux douches sont disponibles, avec des horaires rigoureusement fixés pour concilier hygiène, repos et travail.
À bord, pas d’accès à internet ni aux réseaux sociaux, contrairement à d’autres unités de la marine. Ce manque de connexion pèse particulièrement sur les marins les plus jeunes, habitués à une communication permanente avec l’extérieur.
Pendant les plongées prolongées, l’équipage reste quasiment coupé du monde : pas d’internet, pas de réseaux sociaux, pas de communications personnelles fluides. Cette déconnexion est décrite comme une épreuve exigeante, en particulier pour des générations habituées à l’hyperconnexion permanente.
Sans lumière solaire, avec des horaires stricts et une cohabitation intense, le moral repose largement sur la camaraderie et la force mentale collective. Des simulacres réguliers d’incendies, d’inondations, de pannes électriques ou d’avaries mécaniques rythment la routine, chacun connaissant des protocoles précis pour réagir sans marge d’erreur.
Le S-81 est le premier d’une série de quatre unités du programme S-80 Plus, aux côtés des S-82, S-83 et S-84, dont les livraisons sont prévues respectivement en 2026, 2028 et 2030. Cette série doit remplacer progressivement des sous-marins vétérans, à commencer par le S-71 Galerna, qui sera retiré du service en 2027.
L’Espagne fait partie d’un groupe restreint de 10 pays capables de concevoir et de fabriquer des sous-marins de dernière génération. Le programme est présenté comme un moteur d’emploi spécialisé et un renforcement de la souveraineté technologique nationale, réduisant la dépendance envers des fournisseurs étrangers.
Avec l’arrivée progressive des trois unités suivantes, la marine espagnole doit étoffer ses capacités de surveillance, de dissuasion et de projection internationale. Le S-71 Galerna, lui, continuera de naviguer jusqu’à son retrait prévu.








