Mardi, la télévision d’État chinoise CCTV News a diffusé une vidéo dédiée de douze secondes montrant, pour la première fois de façon isolée, le tir d’essai d’un missile embarqué au revêtement noir par l’Armée populaire de libération. Selon la chaîne, ce test visait à évaluer les limites de performance extrêmes de l’engin.
Cette séquence figurait en réalité déjà dans un reportage plus long consacré à une unité de test d’équipement de la marine chinoise, diffusé en juillet. À l’époque, le missile n’y avait suscité aucune attention particulière. Un samedi, CCTV avait déjà montré des images du tir, relayées par le South China Morning Post : on y voyait l’engin quitter le système de lancement vertical d’un navire de guerre, dans des eaux non précisées.
Ce qui frappe dans ces images, c’est justement la couleur du missile. La plupart des engins embarqués actuellement en service actif dans la marine chinoise arborent des teintes claires, grises ou blanches. Celui-ci est entièrement noir.
Un revêtement qui trompe le radar et la vue
Pour Song Zhongping, commentateur militaire chinois et ancien instructeur de l’Armée populaire de libération, cette teinte inhabituelle est le principal point d’intérêt de la séquence. « D’après les images disponibles, le principal point d’intérêt est la couleur du revêtement. », a-t-il déclaré au Global Times mardi.
Selon lui, il pourrait s’agir d’un revêtement furtif aux fortes propriétés d’absorption radar, empêchant les ondes d’être efficacement réfléchies vers les systèmes adverses. Le choix du noir ne relèverait pas que de la technique : la mer profonde n’est pas toujours bleue.
« Ne partez pas du principe que la mer est toujours bleue ; en réalité, la couleur des eaux profondes peut être très sombre, voire presque noire. Ainsi, l’appareil bénéficie à la fois d’une furtivité radar et d’un camouflage visuel en s’harmonisant avec la couleur de la mer. », explique-t-il.
Dans la vidéo, le missile change rapidement de direction après son lancement puis accélère pour raser la surface de l’eau à basse altitude, un vol au ras des flots qui réduit son exposition à la détection. Selon Song, le test portait précisément sur cette capacité à virer vite après un lancement vertical avant de plonger vers la mer : plus la trajectoire reste haute avant ce virage, plus l’engin devient repérable.
Sur la base des images, l’expert estime qu’il s’agit d’une variante améliorée du missile de croisière antinavire YJ-18, dont le nom signifie « Eagle Strike ». Son revêtement noir le distingue nettement des versions déjà connues du public, le YJ-18, le YJ-18A et le YJ-18C.
Le YJ-18 d’origine, dérivé du système russe de missile antinavire lancé par sous-marin 3M-54E, revendique une portée de 540 kilomètres et une vitesse de croisière de 966 km/h ; en phase terminale, son ogive peut accélérer jusqu’à Mach 3, selon China Daily.
Sa variante YJ-18A, dévoilée pour la première fois en 2019, équipe couramment les destroyers chinois de types 052D et 055. Une autre déclinaison, le YJ-18C, orientée vers l’attaque au sol, a été montrée lors du défilé militaire du 3 septembre 2025 : selon Zhang Xuefeng, autre expert militaire chinois cité par le Global Times, son apparence montre clairement qu’il a adopté une conception furtive.
Le YJ-18A, pour sa part, équipe actuellement les destroyers chinois de type 052D, 7 500 tonnes, et de type 055, 12 000 tonnes.








