Ukraine : alors que Zelenski attend depuis trop longtemps les Patriot, il pourrait lancer sa propre production

Trump promet, puis se rétracte. Entre pénuries de Patriot, secrets industriels bien gardés et rivalités entre alliés, l’Ukraine pourrait attendre des années pour fabriquer ses propres missiles. Les coulisses d’un dossier explosif.

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Ukraine : alors que Zelenski attend depuis trop longtemps les Patriot, il pourrait lancer sa propre production
Ukraine : alors que Zelenski attend depuis trop longtemps les Patriot, il pourrait lancer sa propre production © Armees.com

Le 8 juillet 2026, lors du sommet de l’Otan à Ankara, le président américain Donald Trump annonce qu’il compte donner à l’Ukraine une licence de fabrication de missiles Patriot. Quelques semaines plus tard, le 31 juillet, il revient sur sa promesse et affirme ne plus être sûr de sa décision, en contradiction directe avec des propos tenus deux jours plus tôt par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Ce revirement intervient alors que Kiev traverse une pénurie de missiles intercepteurs PAC-3, utilisés par le système Patriot pour abattre les missiles balistiques russes Iskander et Kinjal, réputés inarrêtables. Lundi 24 août 2026, lors de la réunion de la Coalition des volontaires, Zelensky a chiffré ses besoins à au moins 300 missiles Patriot pour l’hiver.

Les industriels américains redoutent un concurrent

Selon un responsable républicain anonyme cité par le magazine The Atlantic, les fabricants du Patriot craindraient que l’Ukraine ne parvienne à améliorer le système puis à le produire « plus rapidement et pour un coût bien inférieur » à celui des chaînes américaines. Ni Raytheon, maître d’œuvre du système et fournisseur du radar, ni Lockheed Martin, producteur du missile PAC-3 MSE, n’ont confirmé publiquement cette inquiétude.

Le 22 juillet 2026, auprès du média Breaking Defense, Michael Cadenazzi, secrétaire adjoint américain à la Défense chargé de la politique industrielle, a nuancé le tableau. Plusieurs scénarios seraient à l’étude, combinant production nationale et internationale, avec des options ouvertes sur le lieu d’assemblage et la variante retenue.

Le vrai point dur, selon lui, tient à la qualification des ingénieurs : leur nombre est limité, tout comme celui des composants déjà homologués. De son côté, Tom Laliberty, président des systèmes de défense terrestre et aérienne de Raytheon, s’est contenté d’un constat sobre le même jour : « Le processus vient de commencer ».

Un délai de dix-huit mois pour lancer la production en Ukraine a circulé dans plusieurs médias et chez les autorités ukrainiennes. Mark Cancian, ancien colonel de la Marine américaine et conseiller au Center for Strategic and International Studies, le juge irréaliste dans un entretien à RFI.

Il faudrait selon lui deux, trois ou quatre ans pour que l’ensemble devienne opérationnel, le temps de construire ou d’adapter des installations, de former des techniciens et de qualifier chaque fournisseur.

Une usine ukrainienne devrait en outre disposer de sa propre chaîne d’approvisionnement, sous peine de se retrouver en concurrence avec les lignes américaines pour des composants déjà rares. Dix-huit pays utilisent le Patriot et cherchent eux aussi à sécuriser leurs stocks, alors que les États-Unis, qui produisent environ 600 exemplaires par an, ambitionnent de monter à 2 000 d’ici à 2030.

« S’il existe une possibilité d’augmenter la production, les entreprises américaines voudront donc probablement le faire pour elles-mêmes plutôt que d’accorder une licence à l’Ukraine », estime Cancian.

Le système Patriot et son missile PAC-3 intègrent des radars, des logiciels et une tête chercheuse dont Washington contrôle étroitement la diffusion. Seuls l’Allemagne et le Japon disposent d’une licence de fabrication du PAC-3. Selon le quotidien britannique The Telegraph, même Tokyo ne détiendrait pas les plans de la tête chercheuse, élément central de l’efficacité du missile.

Washington redouterait qu’un employé de la chaîne ukrainienne ne transmette des pièces ou des informations à la Russie, précise Cancian, ce qui imposerait des mesures de sécurité et de contrôle supplémentaires.

Cancian juge plus réaliste une solution passant par l’Allemagne, qui développe déjà sa propre capacité de production du Patriot en partenariat avec l’industrie américaine. Son usine doit être opérationnelle dès 2027. S’associer à une chaîne européenne déjà engagée irait plus vite pour l’Ukraine que de repartir de zéro, sans pour autant répondre à la pénurie immédiate de missiles à laquelle Kiev fait face.

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