Les tensions commerciales entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis montent d’un cran. Alors que le président américain Donald Trump a décidé d’appliquer des droits de douane de 30% sur toutes les importations venues de l’UE à partir du 1er août, Bruxelles prépare déjà des mesures de rétorsion, en visant surtout le secteur des services américains, notamment la « tech ». Ce bras de fer commercial pourrait bien bouleverser les relations transatlantiques et toucher de nombreux secteurs économiques, y compris dans le cadre de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.
Un climat commercial tendu
L’annonce unilatérale de ces nouveaux tarifs par Donald Trump intervient alors que Washington et Bruxelles étaient encore en discussion. D’après des diplomates européens, qui l’ont dévoilé à l’AFP le 17 juillet, cette décision envenime encore plus les relations commerciales entre ces deux grands blocs. L’UE tente de trouver une solution négociée avant que ces taxes ne rentrent en vigueur, tout en se préparant à des mesures de rétorsion si la situation devait empirer.
Pour contrer les menaces américaines, l’UE a déjà dressé une liste précise de produits américains qui pourraient être taxés. En plus, l’Union envisage de restreindre l’accès aux marchés publics européens pour les services américains, touchant ainsi potentiellement la tech et les services financiers.
La France en première ligne
La France joue un rôle important dans cette crise commerciale en poussant pour une position ferme de Bruxelles. Le pays réclame l’utilisation de « l’instrument anti-coercition » (ACI) si les négociations n’aboutissent pas. Surnommé le « bazooka », cet instrument est un règlement européen adopté en 2024, qui permettrait par exemple de bloquer l’accès aux marchés publics européens ou de suspendre certains investissements.
L’ACI s’appuie sur les compétences commerciales de l’UE fixées par l’article 207 du TFUE et a été pensé pour réagir rapidement et de manière proportionnée à des situations de coercition économique (comme celles exercées par la Chine sur la Lituanie ou par la Russie via ses leviers économiques). Pour la France, cet instrument représente une solution de dernier recours après avoir épuisé toutes les voies diplomatiques.
Les ripostes envisagées par l’UE
L’Union européenne ne prend pas cette menace à la légère et prévoit déjà plusieurs contre-mesures qui pourraient concerner près de 100 milliards d’euros de commerce américain. Parmi ces mesures, on compte :
- la limitation des investissements étrangers,
- la restriction d’accès aux marchés publics européens,
- l’interdiction d’importer certains produits
- et la suspension de l’autorisation d’exercer pour certaines entreprises américaines.
Benjamin Haddad, ministre français des Affaires européennes, a insisté en déclarant que « dans cette négociation, vous devez faire preuve de force, d’unité et de détermination ». De son côté, Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur, défend l’idée de mettre en place des « mesures anti-coercition » pour équilibrer la donne avec Washington.
Ce qui pourrait se passer
Si l’UE utilisait l’ACI contre les États-Unis pour la première fois, cela risquerait de déclencher une guerre commerciale transatlantique plus large. Les représailles envisagées pourraient non seulement irriter davantage Donald Trump, mais aussi provoquer une réaction d’autant plus virulente de la part de son administration. Un conflit commercial prolongé avec les États-Unis représenterait un sacré défi pour Bruxelles.
Pendant ce temps, Maroš Šefčovič, principal négociateur commercial de l’UE, s’est rendu à Washington le 16 juillet dans l’espoir de calmer la situation, tandis qu’Ursula von der Leyen a précisé que « l’ACI a été créé pour des situations exceptionnelles » tout en ajoutant « nous n’en sommes pas encore là ».








