Depuis le 1er septembre 2025, le général d’armée aérienne Fabien Mandon occupe la fonction de chef d’état-major des armées. Nommé officiellement le 23 juillet par décret présidentiel et successeur du général Thierry Burkhard, il ne se contente pas d’assurer une continuité institutionnelle : il entend refondre le rapport des armées françaises à l’efficacité opérationnelle, à la guerre de demain et à leur rôle européen. Son tout premier message aux troupes laisse entrevoir une ligne de transformation affirmée.
Une culture de l’action face à l’usure du système
Le général Mandon s’est présenté d’emblée comme un dirigeant de rupture sur la méthode. Son premier ordre du jour, adressé le jour même de sa prise de commandement, trace une ligne d’engagement directe. Il y dénonce l’inaction comme un danger systémique : l’armée ne doit plus tolérer « l’immobilisme ou le relativisme », et doit au contraire cultiver « l’initiative » et « la prise de risque », selon les termes repris par Opex360. Cette posture tranche avec la prudence procédurale souvent critiquée en interne.
À travers ces mots, le nouveau chef d’état-major des armées pose une exigence de transformation organisationnelle. Il vise notamment à réactiver des chaînes de décision plus courtes, une autonomie tactique renforcée, et une capacité de réponse immédiate. L’objectif : une armée « agile » et capable de durer, en toutes circonstances. La guerre ne se gagnera plus par le poids de la planification, mais par la capacité à anticiper, à improviser, à surprendre.
Vers un réarmement doctrinal et moral des forces
Si les armées françaises bénéficient d’un effort de modernisation soutenu — près de 413 milliards d’euros prévus sur la Loi de programmation militaire 2024–2030 —, le général Mandon semble vouloir pousser au-delà des simples moyens. Selon lui, le cœur de la supériorité militaire réside d’abord dans la capacité de projection, la combativité et la cohésion morale des unités. Il insiste : pour gagner, il faudra « tirer les conséquences » des conflits passés et surtout « reprendre un temps d’avance ».
Dans cette optique, les formations pourraient être réorientées. L’accent serait mis sur les scénarios de haute intensité, sur des entraînements plus rustiques et des schémas de guerre hybrides. La culture de guerre, souvent affadie dans les sphères centrales, pourrait retrouver une centralité dans les parcours de commandement. Le discours du général Mandon, tout en n’annonçant pas de réforme immédiate, impose une refonte du logiciel mental de l’état-major et des forces.
Redéfinir le rôle de la France dans la défense européenne
Un autre axe stratégique du mandat Mandon concerne la place de la France dans l’architecture militaire du continent. Le nouveau CEMA appelle à une posture affirmée, évoquant un « leadership fort » en Europe. « Pour maîtriser notre destin, nous devons contribuer au renforcement de la défense en Europe. C’est impératif pour garantir notre souveraineté », écrit-il dans le même ordre du jour, repris par Opex360.
Concrètement, cela signifie que la France devrait non seulement continuer à s’investir dans les dispositifs existants — OTAN, défense européenne, coopérations bilatérales — mais aussi en devenir un moteur doctrinal. L’appui à l’Ukraine à travers la coalition des volontaires ou la proposition d’initiatives nouvelles (forces d’intervention rapides, mutualisation des capacités cyber) pourrait s’accélérer. Le général Mandon s’inscrit dans une volonté de projection qui dépasse le seul périmètre national.
Un commandement de terrain au service d’une armée exposée
À très court terme, les troupes verront leur nouveau chef. Le général Mandon entame une tournée des forces, débutant par l’opération Sentinelle puis des unités déployées à l’étranger, comme le signale L’Express. Ce geste n’est pas anodin : il réaffirme un lien de commandement direct avec les militaires, dans un contexte où les tensions sociales et les contraintes opérationnelles sont fortes.
Ce contact immédiat permettra aussi d’évaluer l’état de préparation des 200 000 militaires d’active et 40 000 réservistes que compte la France, comme le rappelle L’Express. Le nouveau CEMA, ancien pilote de chasse ayant effectué 144 missions de guerre, connaît la réalité du terrain. Il veut en faire un levier d’adaptation, dans un monde où l’imprévisible est devenu la norme stratégique.








