Donald Trump a opéré jeudi 11 juin un spectaculaire revirement stratégique, annulant dans l’après-midi les bombardements qu’il avait menacé de mener « très durement » contre l’Iran dans la soirée. Le président américain affirme désormais qu’un « très bon accord » a été trouvé avec Téhéran et pourrait être signé dès ce week-end en Europe, une annonce immédiatement contestée par les autorités iraniennes qui démentent toute « conclusion définitive ».
L’escalade semblait pourtant inéluctable quelques heures plus tôt. Donald Trump avait menacé sur Truth Social de frapper l’Iran « très fort ce soir » et évoqué la possibilité de s’emparer de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien par lequel transitent 90% des exportations du pays. À Washington, les préparatifs militaires s’intensifiaient tandis qu’à Téhéran, les responsables iraniens répondaient par des menaces de représailles massives.
Un retournement diplomatique aux contours flous
Le président américain a justifié sa volte-face par des « discussions approuvées par les plus hautes autorités iraniennes ». Depuis le Bureau ovale, il a précisé que les « discussions et les derniers points ont été, sur le principe et dans les détails, approuvés par toutes les parties prenantes ». Selon Donald Trump, le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei aurait validé un « accord-cadre très solide » avec les États-Unis.
L’optimisme présidentiel contraste néanmoins avec les déclarations iraniennes. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baqaei, a déclaré aux médias d’État que « jusqu’à présent, l’Iran n’a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l’accord ». L’agence Fars, proche du pouvoir, a même affirmé qu’« aucun texte n’a été approuvé pour un protocole d’accord initial avec les États-Unis ».
Les marchés financiers saluent l’apaisement
L’annonce de Trump a provoqué une réaction immédiate sur les marchés internationaux. Les cours du pétrole ont chuté de plus de 3,5%, le baril de Brent de la mer du Nord cédant 2,92% à 90,38 dollars. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate, a reculé de 2,58% à 87,71 dollars.
Les marchés asiatiques ont également bondi vendredi matin, l’indice Nikkei à Tokyo grimpant de près de 4%, et le Kospi à Séoul flambant de plus de 7%. Les investisseurs ont interprété la perspective d’un accord comme un signal d’apaisement susceptible de réduire les risques pesant sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Un schéma récurrent de négociations en dents de scie
L’annonce s’inscrit dans une série de déclarations similaires du président américain. Selon CNN, Trump a proclamé qu’un accord était imminent à près de 40 reprises depuis le début du conflit en février. Les médias iraniens n’ont pas manqué de rappeler les précédents, l’agence Tasnim soulignant que le président américain « avait annoncé 38 fois au cours des deux derniers mois que l’accord était imminent ».
Frank Kendall, ancien secrétaire à l’Air Force sous l’administration Biden, a appelé à prendre les déclarations de Trump « avec des pincettes », estimant qu’« il est vraiment important de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un accord final pour mettre fin à la guerre. Il s’agit d’une extension du cessez-le-feu, vraisemblablement pour 60 jours environ ».
Les conditions d’un éventuel compromis
Bien que les détails restent flous, Donald Trump a évoqué plusieurs éléments clés de cet hypothétique accord : la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz après signature, l’impossibilité pour l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, l’élimination de l’uranium enrichi iranien selon le bureau de Benjamin Netanyahu, le démantèlement des infrastructures d’enrichissement, ainsi que des restrictions sur le programme balistique de Téhéran.
Le détroit d’Ormuz constitue un enjeu stratégique majeur. Par la voie maritime transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. L’Iran l’a verrouillé depuis le début du conflit, n’autorisant le passage que d’une vingtaine de navires par jour, tandis que les États-Unis imposent en retour un blocus des ports iraniens.
Des divergences persistantes entre alliés
La position israélienne révèle les complexités de la négociation. Si Benjamin Netanyahu « a exprimé sa gratitude » pour l’engagement de Trump, les intérêts des deux alliés ont divergé ces dernières semaines. Le président américain a contraint Israël à limiter ses attaques contre le Hezbollah à Beyrouth, qui menaçaient les perspectives d’accord.
Téhéran, parrain du mouvement chiite libanais, insiste pour que tout accord global inclue le Liban, dont Washington préfèrerait traiter le sort séparément. Les opérations israéliennes au Liban ont tué plus de 3.700 personnes, principalement dans le sud du pays où l’armée israélienne occupe désormais une partie du territoire.
L’impact humanitaire du conflit
La guerre, qui a débuté le 28 février par une attaque conjointe américano-israélienne contre l’Iran, a eu des répercussions dramatiques. Selon les sources officielles, 13 militaires américains ont perdu la vie, tandis que des millions de dollars d’équipement militaire américain ont été détruits. Le blocus iranien du détroit d’Ormuz a provoqué une crise énergétique mondiale, faisant grimper les prix des carburants et l’inflation aux États-Unis.
Un étudiant iranien de 25 ans, interrogé anonymement par l’Associated Press depuis Babol, témoigne de la situation dramatique : « Tout va mal et il n’y a aucun espoir parmi la population ». Il évoque les difficultés des Iraniens à s’acheter des produits alimentaires face aux licenciements massifs et à une inflation alimentaire à trois chiffres.
L’escalade de la semaine, marquée par des échanges de tirs entre l’Iran et les États-Unis, avait fait craindre une reprise des hostilités à grande échelle. L’armée américaine a indiqué avoir ciblé « des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays ». En riposte, l’Iran a tiré une vingtaine de missiles vers une base américaine en Jordanie, tous interceptés, et a de nouveau ciblé les monarchies du Golfe avec des drones.
Malgré l’optimisme affiché par Donald Trump, l’existence réelle de cet accord reste à confirmer. La discordance entre les versions américaine et iranienne de l’état des négociations laisse planer le doute sur la viabilité d’une sortie de crise historique au Moyen-Orient. Le monde attend désormais des preuves tangibles de la percée diplomatique annoncée par le président américain.








