Le stock de munitions en France s’épuise. C’est dans ce contexte tendu que la DGA a communiqué une bonne nouvelle. La France s’apprête à retrouver une capacité industrielle abandonnée depuis la fin des années 1990. En retenant un groupement conduit par FN Herstal, la DGA ouvre la voie à une production nationale de cartouches militaires à partir de 2029. Le projet ne supprimera pas immédiatement toutes les dépendances étrangères. Il doit toutefois sécuriser les besoins courants des forces, renforcer leur résilience et fournir à la Défense un outil mobilisable en cas de crise durable.
Une rupture avec vingt-sept ans d’achats à l’étranger
L’enjeu dépasse la construction d’une nouvelle ligne de fabrication. Depuis la fermeture du site de GIAT Industries au Mans en 1999, la France ne produit plus de munitions militaires de petit calibre sur son territoire. Les armées ont donc acheté leurs cartouches auprès de fournisseurs étrangers. Ce marché était autrefois jugé suffisamment concurrentiel pour garantir la continuité des livraisons. Ce choix a pourtant montré ses limites. Un rapport de l’Assemblée nationale a notamment rappelé les difficultés rencontrées avec certaines munitions de 5,56 mm destinées au FAMAS. Plusieurs fournisseurs européens et extra-européens ont ensuite été qualifiés. La dépendance n’a cependant pas disparu. En 2026, une nouvelle mission parlementaire a encore souligné l’importance des approvisionnements étrangers pour les millions de cartouches consommées par les forces. Elle a appelé à une relocalisation rapide, en particulier pour le 5,56 mm utilisé avec le fusil HK416F. La décision de la DGA répond donc à un problème ancien, redevenu stratégique avec les tensions logistiques et la perspective d’un conflit de haute intensité.
Le communiqué d’origine publié par la DGA le 16 juillet 2026 précise que l’offre du groupement composé de FN Herstal, Cheddite et NobelSport a été la mieux classée. FN Herstal doit agir comme mandataire. Cette sélection clôt une compétition européenne lancée en avril 2025. Elle ne constitue toutefois pas encore la signature définitive du contrat. Celle-ci est attendue pendant l’été 2026, après l’accomplissement des formalités prévues par le code de la commande publique. La DGA a donc désigné le lauréat, mais les dernières étapes administratives doivent encore être franchies. Le choix de ce consortium illustre aussi une approche pragmatique. La France ne cherche pas à reconstruire seule et immédiatement toutes les compétences perdues. Elle s’appuie sur FN Herstal, spécialiste belge des armes légères et des munitions, ainsi que sur deux entreprises disposant déjà d’activités industrielles en France. NobelSport possède notamment une longue expérience dans les poudres. Cheddite maîtrise pour sa part la fabrication de composants comme les amorces et les étuis.
Clérieux, première étape d’une souveraineté progressive
La future production sera implantée à Clérieux, dans la Drôme. La capacité industrielle annoncée atteint 75 millions de munitions par an à partir de 2029. Deux références sont concernées : le 5,56 x 45 mm et le 7,62 x 51 mm. Des cartouches à balle ordinaire et à balle traçante doivent être fabriquées. Ces deux calibres sont largement employés dans l’armement individuel et collectif des forces. Le projet devrait créer une vingtaine d’emplois directs. Ce nombre peut sembler limité au regard du volume prévu, mais les installations modernes sont largement automatisées. Elles doivent aussi respecter des règles particulièrement strictes en matière de sécurité pyrotechnique. Dans un premier temps, les opérations réalisées en France comprendront le chargement en poudre, l’assemblage de l’amorce, de l’étui et du projectile, puis le conditionnement. Les cartouches pourront être préparées sur des lames-chargeurs ou sur des bandes, selon les armes auxquelles elles sont destinées. La DGA obtient ainsi une capacité industrielle installée sur le territoire national et dimensionnée pour produire des volumes importants.
Cette souveraineté restera néanmoins progressive. Au démarrage de la production, tous les composants ne seront pas nécessairement fabriqués en France. Le projet prévoit donc de qualifier plusieurs sources européennes sur l’ensemble de la chaîne de sous-traitance. Cette organisation doit limiter les risques liés à un fournisseur unique, à une frontière fermée ou à une rupture logistique. Dans un second temps, certaines briques critiques pourraient être davantage relocalisées. La DGA cite notamment les poudres et les amorces. Le marché doit ainsi répondre à deux besoins complémentaires. Le premier est quotidien. Il s’agit de fournir les munitions indispensables à l’entraînement et au maintien de la préparation opérationnelle. Le second est stratégique. La Défense veut disposer d’un outil capable de soutenir un engagement prolongé et de participer au recomplètement des stocks. L’usine de Clérieux ne rendra donc pas la France totalement autonome dès 2029. Elle marquera cependant un changement industriel majeur. Après avoir longtemps privilégié les achats sur étagère, la DGA réinvestit un segment peu spectaculaire, mais essentiel. Une armée peut disposer de systèmes très avancés. Elle doit aussi produire en masse les cartouches nécessaires pour s’entraîner, combattre et durer.








