Un rapport publié lundi 2 septembre 2026 par la Direction du renseignement de défense (DIU) d’Ukraine et rapporté par La Nouvelle Tribune, remet en cause les caractéristiques techniques du missile russe 3M22 Zircon. Présenté depuis des années par Moscou comme une arme hypersonique impossible à intercepter, l’engin serait en réalité, selon les services ukrainiens, un missile balistique classique dont les performances resteraient nettement inférieures aux annonces officielles russes.
Le Kremlin affirme que le Zircon peut atteindre Mach 9. La DIU avance un chiffre très différent : Mach 6,8 au maximum, une vitesse qui, précise le rapport, ne serait de surcroît pas maintenue sur l’ensemble de la trajectoire du missile.
L’écart porte aussi sur la charge embarquée. L’ogive du Zircon pèserait environ 120 kilogrammes, un volume jugé faible par la DIU au regard du coût de fabrication de l’engin. À titre de comparaison, le missile de croisière russe Banderol, nettement moins onéreux à produire, transporterait 150 kilogrammes d’explosifs.
Une arme navale reconvertie en missile côtier
Le nom même du Zircon renvoie à sa vocation d’origine : viser des cibles en mer, depuis des sous-marins nucléaires ou des frégates du projet 22350. Mais les revers subis par la flotte russe en mer Noire depuis 2022 auraient poussé les ingénieurs militaires russes à revoir la conception de l’arme. Le missile a depuis été intégré aux batteries côtières Bastion-M.
La DIU affirme avoir identifié 70 entreprises impliquées dans la fabrication du missile, ainsi que des pièces d’origine étrangère entrant dans sa production. Cette enquête fait écho à une précédente publication du HUR sur le programme Iskander-M, qui avait recensé 35 entreprises liées à la production de ce missile.
Le premier tir d’essai officiel du Zircon remonte à octobre 2020. Le président russe Vladimir Poutine avait alors qualifié ce lancement de « grand événement ». L’arme n’a toutefois été utilisée pour la première fois contre des cibles ukrainiennes qu’en février 2024, soit plus de après cet essai.
Cette publication survient alors que la Russie multiplie les tirs de missiles balistiques, réputés plus difficiles à intercepter que les missiles de croisière ou les drones. Les défenses ukrainiennes seraient devenues efficaces contre ces deux dernières catégories d’armes, ce qui aurait poussé Moscou à réorienter sa stratégie de frappe. Plusieurs sources occidentales évoquent par ailleurs une diminution des stocks d’intercepteurs Patriot dont dispose Kiev pour contrer les tirs balistiques.
Les informations divulguées par la DIU, spécifications techniques complètes et données de fabrication comprises, ont été partagées via la plateforme War&Sanctions. Cette démarche s’inscrit, selon le rapport, dans une initiative visant à cartographier l’infrastructure industrielle qui soutient l’arsenal balistique russe.








