La Chine dévoile le Luanniao, porte-avions spatial de 120 000 tonnes capable d’embarquer 88 drones de combat

Un porte-avions volant de 120 000 tonnes, 88 drones furtifs, une poussée de 340 MN. Star Wars ou propagande ? Les experts américains restent partagés face à ce projet chinois hors norme.

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La Chine dévoile le Luanniao, porte-avions spatial de 120 000 tonnes capable d'embarquer 88 drones de combat
Source : CCTV | Armees.com

La Chine a présenté le concept d’un appareil baptisé « Luanniao », littéralement « oiseau bleu », présenté comme un porte-avions spatial. Sa masse maximale au décollage atteindrait 120 000 tonnes. Selon les autorités chinoises, il pourrait embarquer jusqu’à 88 drones de combat.

L’appareil fait partie du Nantianmen Project, mené par l’Aviation Industry Corporation of China (AVIC) et lancé en 2017. Les médias d’État chinois, dont la télévision publique CCTV, ont diffusé une vidéo conceptuelle montrant le Luanniao évoluer dans l’espace, au-dessus des systèmes de défense actuels. L’information a été relayée par The Telegraph le mardi 3 février 2026.

Un triangle gris plus large que long

Le Luanniao est décrit comme un immense triangle plat gris de 242 mètres de longueur pour 684 mètres de largeur. À titre de comparaison, l’USS Gerald R. Ford, plus grand porte-avions en service, mesure 337 mètres de long pour seulement 78 mètres de large.

Il embarquerait jusqu’à 88 chasseurs sans pilote baptisés « Xuan Nu », des appareils furtifs et manœuvrables capables de lancer des missiles hypersoniques, plus proches de véritables avions de combat que de simples drones. Pékin affirme que le Luanniao deviendrait, une fois opérationnel, le plus grand navire de guerre au monde, capable d’atteindre la limite de l’atmosphère terrestre. La Chine évoque un horizon de vingt à trente ans avant une éventuelle mise en service.

Sur le plan de la propulsion, le maintien en vol exigerait une poussée soutenue d’environ 340 MN, l’équivalent de plus de 1 700 moteurs Pratt & Whitney F135, soit un facteur environ 200 fois supérieur à celui de l’Antonov An-225, l’avion le plus lourd jamais construit.

Le principal verrou technique tient à la quantité d’énergie nécessaire pour se maintenir dans un air raréfié, un domaine encore très peu exploré. Sans système de propulsion réellement efficace, le maintien en altitude de l’appareil reste hypothétique, et une exposition aux débris spatiaux menacerait sa survie.

Un projet jugé « technologiquement irréaliste »

Peter Layton, chercheur spécialiste des questions de défense, estime que faire voler un appareil aussi massif aux frontières de l’espace exigerait des quantités énormes de carburant et un système de propulsion encore inexistant. S’il était construit, l’appareil « surclasserait pratiquement tous les systèmes existants », affirme-t-il, se retrouvant « hors de portée des missiles sol-air, hors de portée des avions de chasse, et même hors de portée des conditions météo ».

Layton juge toutefois le projet destiné avant tout à inspirer le public chinois et à impressionner les voisins de Pékin. Il résume sa position d’une phrase : « C’est littéralement du Star Wars ».

Le lanceur spatial le plus puissant existant ne peut placer que 63,8 tonnes en orbite basse, loin des 100 000 tonnes visées par le Luanniao. Une piste alternative évoquée consisterait à assembler l’appareil module après module dans l’espace, à l’image de la Station spatiale internationale, dont la construction a pris 13 ans.

Le magazine américain The National Interest a titré : « Pékin veut vous faire croire qu’il construit des porte-avions volants ». Le média y voit une campagne de propagande destinée à inciter les États-Unis à des dépenses excessives, tout en appelant à ne pas sous-estimer la Chine et à suivre le projet avec attention.

Pékin pense le Luanniao comme un outil de projection de puissance au-dessus de la mer de Chine méridionale et de Taïwan, où sa présence assurerait un effet dissuasif depuis la stratosphère. Les autorités chinoises restent prudentes sur son état d’avancement : « la question n’est pas de savoir » si les technologies du Nantianmen Project verront le jour, mais « lesquelles seront réalisées en premier, et quand ».

Des spécialistes non identifiés jugent malgré tout cette annonce davantage destinée à Washington qu’à une mise en service réelle, dans un contexte où les enjeux liés aux satellites et aux missiles spatiaux se font plus pressants pour les États-Unis. D’autres estiment que la Chine reste, pour l’heure, concentrée sur son programme lunaire avant de s’attaquer concrètement à l’arsenal du Nantianmen Project.

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