Paru le 5 janvier 2026, le livre de Holger Stark affirme que Barack Obama, alors président des États-Unis, aurait été surveillé par le renseignement allemand sans validation politique explicite. L’affaire, révélée dans plusieurs médias européens, concerne directement l’Allemagne et s’inscrit dans une histoire longue de tensions discrètes entre Washington et Berlin autour des pratiques de surveillance.
Ce que révèle le livre d’Holger Stark
Dans son enquête, Holger Stark décrit un dispositif d’écoute visant Barack Obama lorsqu’il se déplaçait à bord d’Air Force One. Selon les informations rapportées, le renseignement allemand aurait exploité des vulnérabilités techniques dans les systèmes de communication de l’avion présidentiel américain. Certaines liaisons, insuffisamment protégées, utilisaient des bandes de fréquences connues du BND. Dès lors, et par conséquent, l’interception devenait possible sans intrusion directe dans les réseaux américains. Les faits rapportés par CNEWS indiquent que ces pratiques se seraient inscrites dans la durée, sur plusieurs années.
Toujours selon le livre, ces opérations n’auraient pas été portées à la connaissance de Barack Obama. Elles auraient également échappé au contrôle direct du pouvoir exécutif allemand. La chancelière de l’époque, Angela Merkel, n’aurait reçu aucune information formelle sur ces écoutes. Les documents cités par Stark évoquent un traitement extrêmement restreint des données collectées, réservé à quelques cadres du BND. Les transcriptions étaient ensuite détruites, ne laissant subsister que des analyses générales, conformément à certaines pratiques classiques du renseignement.
Une zone grise du renseignement
L’ouvrage met en évidence un fonctionnement institutionnel marqué par l’autonomie opérationnelle du BND. Le service de renseignement extérieur de l’Allemagne aurait agi sans mandat politique explicite, tout en transmettant ponctuellement des synthèses aux autorités. Holger Stark explique que l’origine précise des informations n’était pas toujours mentionnée. Cette méthode, analysée sur LCI et rapportée par TF1 Info, par l’historien Bruno Fuligni, repose sur le cloisonnement, principe central du renseignement moderne. Elle permet de protéger les sources, mais elle complique aussi la responsabilité politique et le contrôle démocratique.
Les enquêtes parlementaires menées en Allemagne entre 2014 et 2015 ont toutefois mis au jour l’existence d’un dossier interne lié à ces écoutes. Ces investigations ont confirmé que les interceptions ne concernaient pas uniquement Barack Obama. D’autres responsables américains auraient été visés, notamment Hillary Clinton lorsqu’elle occupait le poste de secrétaire d’État. Malgré ces révélations, aucune sanction publique majeure n’a suivi, ce qui alimente encore les interrogations sur la gouvernance du renseignement en Allemagne.
Un précédent lourd pour les relations entre alliés
Les accusations portées contre le renseignement allemand interviennent dans un contexte diplomatique déjà fragilisé. En 2013, la révélation de l’écoute du téléphone portable d’Angela Merkel par la NSA américaine avait provoqué une crise profonde entre Berlin et Washington. À l’époque, l’Allemagne avait dénoncé des pratiques contraires à l’esprit de partenariat entre alliés. Or, avec l’affaire Barack Obama, Berlin se retrouve aujourd’hui exposé à des critiques similaires. Cette symétrie, soulignée par plusieurs médias allemands, renforce le malaise politique.
Selon le livre de Holger Stark, les écoutes visant Barack Obama auraient cessé en 2014, à la suite d’une directive de la chancellerie fédérale. Cette décision, attribuée à Peter Altmaier, alors chef de la chancellerie, marque un infléchissement officiel de la doctrine. Néanmoins, le BND continue de refuser tout commentaire détaillé, invoquant le secret défense. Cette absence de transparence, relevée par le média allemand Welt, pose une question centrale pour les relations transatlantiques : jusqu’où le renseignement peut-il aller sans fragiliser durablement la confiance entre alliés stratégiques ?








