Le 29 octobre 2026, un Sukhoï Su-57 aurait pris feu lors du démarrage de ses moteurs sur la base aérienne d’Akhtoubinsk, dans le sud de la Russie. L’incident a d’abord été signalé par des analystes ukrainiens à partir d’images satellites, avant d’être repris le 2 novembre par le renseignement militaire ukrainien.
Selon The Insider, des traces d’incendie sont visibles à un emplacement utilisé par les Su-57. Les autorités russes n’ont cependant pas confirmé publiquement la destruction de l’appareil. Les images disponibles ne permettent pas non plus d’établir avec certitude qu’il est irréparable.
Si la perte définitive se confirme, elle toucherait l’un des équipements les plus rares de l’armée de l’air russe.
Une flotte de Su-57 trop réduite pour multiplier les pertes
Début 2026, la Russie disposait d’environ 21 Su-57 en service, selon les estimations de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) reprises par Armees.com.
À cette échelle, la perte d’un appareil équivaut théoriquement à près de 5 % d’une flotte de 21 chasseurs. Il s’agit d’une comparaison indicative, car le nombre exact d’avions disponibles au moment de l’incident demeure inconnu.
Le Su-57 représente pourtant l’une des principales ambitions technologiques de Moscou. Développé pour rivaliser avec les F-22 et F-35 américains, ce chasseur bimoteur doit combiner furtivité, vitesse supersonique, manœuvrabilité et capacité à emporter plusieurs types de missiles.
Sa production reste cependant limitée. Le programme, dont les origines remontent aux années 2000, n’a pas atteint les volumes initialement envisagés.
La situation est d’autant plus sensible que plusieurs incidents ont déjà concerné des Su-57 en 2026. Deux appareils auraient été endommagés au printemps lors d’attaques ukrainiennes contre la base de Shagol. Un autre se serait écrasé en juillet près de Moscou. Ces événements ne correspondent toutefois pas tous à des destructions confirmées.
Un appareil rare, dont l’absence pourrait affecter les capacités russes
La valeur stratégique du Su-57 ne repose pas uniquement sur ses performances annoncées. Sa rareté en fait aussi une ressource particulière pour les forces aérospatiales russes.
L’appareil peut notamment utiliser des missiles air-sol à longue portée, dont les Kh-59 et Kh-69. La Russie l’a principalement employé à distance des défenses antiaériennes ukrainiennes, évitant d’exposer directement ses chasseurs les plus sophistiqués.
Cette prudence explique pourquoi le Su-57 n’a pas joué un rôle central dans les combats aériens depuis février 2022. Dans une analyse publiée en juin 2024, Justin Bronk, spécialiste de l’aviation militaire au Royal United Services Institute (RUSI), estimait que la faible implication de ces appareils limitait les conséquences immédiates de leur perte sur le déroulement de la guerre.
Mais une flotte réduite présente un autre problème : chaque appareil indisponible diminue les possibilités d’entraînement, de déploiement ou d’expérimentation, selon son affectation.
Akhtoubinsk abrite justement le centre national russe d’essais en vol Chkalov, où les Su-57 ont été testés. La perte éventuelle d’un appareil affecté à des essais pourrait donc perturber certaines activités de développement. Rien ne permet néanmoins de déterminer la mission précise du chasseur concerné le 29 octobre.
Un nouvel incident pour un programme déjà sous pression
La Russie doit simultanément produire de nouveaux chasseurs, moderniser sa flotte existante et remplacer les équipements perdus depuis le début de la guerre.
Cette situation impose des arbitrages industriels. Le Su-57 mobilise des compétences et des composants particuliers, tandis que les Su-30SM et Su-35 demeurent essentiels aux opérations aériennes russes.
La dimension internationale compte également. Moscou cherche à développer les ventes de son chasseur furtif, comme l’illustrent les accords d’exportation évoqués en septembre 2026. La multiplication d’incidents pourrait soulever des interrogations sur la fiabilité du programme auprès d’acheteurs potentiels, sans qu’un effet commercial concret soit démontré.
Le renseignement ukrainien soupçonne une défaillance liée au carburant, mais aucune preuve publique ne permet d’attribuer l’incendie à cette cause. Contrairement à l’attaque de drones ayant touché Akhtoubinsk en juin 2024, l’incident du 29 octobre 2026 n’a pas été présenté comme une frappe ukrainienne.
Pour Moscou, l’enjeu est donc double : déterminer si le chasseur peut être remis en état et préserver la disponibilité d’une flotte dont chaque appareil représente une capacité industrielle et militaire difficile à reconstituer rapidement.








