Des astronomes sud-africains captent un signal laser venu de 8 milliards d’années-lumière : « nous avons d’abord cru à une erreur de calibration »

Un laser radio vieux de 8 milliards d’années, amplifié par une galaxie invisible, vient de pulvériser tous les records connus. Son secret ? Une coïncidence gravitationnelle digne d’un miracle cosmique.

Publié le
Lecture : 3 min
Des astronomes sud-africains captent un signal laser venu de 8 milliards d'années-lumière : « nous avons d'abord cru à une erreur de calibration »
Des astronomes sud-africains captent un signal laser venu de 8 milliards d’années-lumière : « nous avons d’abord cru à une erreur de calibration » © Armees.com

Le radiotélescope sud-africain MeerKAT, installé dans le désert du Karoo, a détecté un laser cosmique record en provenance d’un objet situé à près de 8 milliards d’années-lumière. Le réseau de 64 antennes a capté un rayonnement d’une intensité jamais observée à une telle distance.

La source porte un nom de catalogue, HATLAS J142935.3-002836, et correspond à deux galaxies en train de fusionner. L’émission est ce que les astronomes appellent un gigamaser : une version démesurée des mégamasers déjà connus, produite par des molécules d’hydroxyle.

Dans les nuages de gaz denses que la collision comprime et chauffe, ces molécules absorbent le rayonnement infrarouge des étoiles voisines puis le restituent collectivement sur une raie radio très étroite, comme un laser fonctionnant en ondes radio plutôt qu’en lumière visible.

Le phénomène accompagne les rencontres de galaxies riches en gaz, lorsque la matière comprimée déclenche une flambée de formation d’étoiles.

L’étude a été menée par une équipe de l’université de Pretoria et du South African Radio Astronomy Observatory (SARAO). Un premier article a été déposé sur la plateforme arXiv en février 2026, avant publication dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society Letters.

Les chiffres donnent la mesure de l’exploit. Le décalage vers le rouge de la source atteint z = 1,027, alors que les mégamasers hydroxyles recensés jusque-là plafonnaient à 0,25. Ce décalage accessible à cette famille de sources vient donc de quadrupler d’un coup.

Le rayonnement capté équivaut, rapporté au Soleil, à plus de 300 000 soleils, et le signal affiche un rapport signal sur bruit supérieur à 150, obtenu en seulement 4,7 heures d’observation. À l’époque où cette lumière a quitté sa source, l’Univers n’avait qu’environ la moitié de son âge actuel, et elle a voyagé plus de trois milliards d’années avant même la naissance du Soleil et de la Terre.

Une galaxie invisible a servi de loupe

Cette détection n’aurait pas été possible sans un coup de pouce du hasard. Une galaxie massive, placée exactement sur la trajectoire entre la source et la Terre, agit comme une lentille gravitationnelle : sa gravité déforme l’espace et courbe les ondes qui la frôlent, au point de dessiner un quasi anneau d’Einstein autour de la source.

Cette galaxie intermédiaire reste invisible sur les images radio, mais elle concentre vers les antennes un rayonnement qui, autrement, se serait dispersé dans le vide.

Les chercheurs parlent d’un coup de chance gravitationnel. Conséquence directe : la luminosité mesurée ne reflète que ce que l’instrument a reçu, amplifié par l’effet de lentille, et non la puissance réellement produite par la source. Une fois cette amplification corrigée, la puissance intrinsèque du gigamaser redescend fortement, même si l’incertitude reste large sur ce calcul.

Il faut aussi écarter d’emblée une confusion. Ce signal n’a rien d’un message codé ou intentionnel : il s’agit d’un phénomène de physique extrême lié à une collision de galaxies, pas d’une communication extraterrestre. Après huit milliards d’années de voyage, l’énergie reçue sur Terre reste infinitésimale, bien plus faible que le bruit radioélectrique produit par les appareils terrestres eux-mêmes.

Des repères pour dater les fusions de galaxies

L’intérêt de ces signaux dépasse la prouesse technique. Parce qu’ils signalent précisément des galaxies en collision, les repérer à différentes distances permet de dater les fusions à travers l’histoire cosmique, un paramètre que les modèles de formation des galaxies cherchent justement à préciser. Le programme MeerKAT Absorption Line Survey exploite déjà les téraoctets de données du réseau pour traquer systématiquement les raies de l’hydroxyle.

MeerKAT sert aussi de précurseur au futur Square Kilometre Array (SKA), l’observatoire radio géant en construction entre l’Afrique du Sud et l’Australie. Avec une surface collectrice bien supérieure, le SKA devrait permettre de recenser des milliers de mégamasers et gigamasers similaires, et de dresser une carte en trois dimensions des collisions de galaxies à travers le temps cosmique.

La fusion observée dans HATLAS J142935.3-002836 préfigure d’ailleurs un épisode que la Voie lactée et Andromède connaîtront à leur tour, dans environ cinq milliards d’années.

Laisser un commentaire

Share to...