« On a cru que le moteur allait lâcher » : le Japon réussit son premier test de fusée réutilisable et bouscule la course spatiale

Onze mètres, seize mètres, quarante secondes de vol : voilà le résultat de dix ans d’attente pour le Japon. Face à SpaceX, Tokyo relance enfin la course aux fusées réutilisables.

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« On a cru que le moteur allait lâcher » : le Japon réussit son premier test de fusée réutilisable et bouscule la course spatiale
« On a cru que le moteur allait lâcher » : le Japon réussit son premier test de fusée réutilisable et bouscule la course spatiale © Armees.com

L’agence spatiale japonaise JAXA a réalisé, samedi 11 juillet, un vol d’essai réussi de sa fusée expérimentale réutilisable RV-X, à Noshiro, dans la préfecture d’Akita, confirme AP News. Un test bref mais attendu depuis dix ans par les équipes du projet.

Le déroulé tient en quelques secondes. La fusée s’est élevée à environ 11 mètres du sol, est restée en vol stationnaire, puis a parcouru environ 16 mètres à l’horizontale tout en gardant sa position verticale. Elle a ensuite entamé sa descente, une trentaine de secondes après le décollage. Vol total : une quarantaine de secondes.

Un soulagement après dix ans de développement

Ito Takashi, responsable JAXA en charge de l’essai, a déclaré lors d’un point presse en ligne depuis le centre d’essai qu’il était soulagé d’en arriver à ce stade. Le développement de la fusée, a-t-il ajouté, a pris beaucoup de temps. L’agence souhaite désormais mener un examen détaillé des données obtenues lors du test.

JAXA a commencé à travailler sur le RV-X durant l’exercice fiscal 2016, dans le but d’acquérir une technologie de fusée réutilisable destinée à la prochaine fusée phare de nouvelle génération. Dix années ont été consacrées au développement de moteurs réutilisables et d’un système de contrôle de réaction. Le moteur utilisé lors du vol a déjà subi 164 essais de combustion au sol, qui ont permis d’en confirmer la sécurité et les performances.

L’enjeu financier n’est pas anodin. Développer et lancer des fusées coûte cher, et les modèles classiques sont abandonnés après une mission unique, retombant en mer ou ailleurs. Récupérer et réutiliser les fuselages permet de réduire les coûts et d’augmenter la fréquence des lancements, ce qui explique l’intérêt porté par JAXA à cette technologie depuis des années.

L’agence avait déjà mené un premier programme en ce sens à partir de 1999, avec un véhicule expérimental appelé RVT. Un seul moteur-fusée s’élevait alors jusqu’à 42 mètres avant d’atterrir en douceur grâce à une poussée réduite. Ces essais avaient permis d’accumuler des connaissances utiles, mais ils ont cessé après 2003, freinés par des coûts de développement élevés et une demande jugée incertaine à l’époque.

Entre-temps, SpaceX a pris une avance nette. L’entreprise d’Elon Musk a mené des expériences répétées à partir de 2012, et sa fusée Falcon 9, initialement jetable, est devenue en 2015 la première fusée de classe orbitale à réussir un atterrissage contrôlé après la séparation de ses satellites.

C’est dans ce contexte que le comité japonais sur la politique spatiale a conclu, en 2014, que la réutilisabilité des fusées devait être étudiée dans le cadre du plan spatial à long terme s’étendant jusqu’aux années 2030. De son côté, l’entreprise américaine Blue Origin développe elle aussi une fusée réutilisable, baptisée New Glenn.

JAXA ne compte pas en rester là. L’agence travaille en parallèle sur une autre fusée réutilisable, CALLISTO, capable d’atteindre la haute atmosphère, en coopération avec des institutions de recherche françaises et allemandes. Elle prévoit de démarrer un essai en vol de CALLISTO avec le même type de moteur que celui testé sur le RV-X.

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