Sept drones ukrainiens ont parcouru plus de 2 500 kilomètres en douze heures de vol pour atteindre, le 6 juillet, la raffinerie Gazprom Neft d’Omsk, en Sibérie occidentale. Selon des informations préliminaires des Forces des opérations spéciales ukrainiennes, certains appareils auraient même franchi jusqu’à 3 000 kilomètres.
C’est, selon le journal britannique The Telegraph, la frappe de drone à la plus longue portée de toute la guerre, et la première à toucher une installation située au-delà des monts Oural.
L’attaque a stoppé net l’activité de la plus grande usine de production d’essence de Russie. Omsk représente à elle seule environ 10 % du raffinage pétrolier russe et produirait plus de la moitié du carburant automobile consommé dans tout le district fédéral sibérien.
Elle traitait 22 millions de tonnes métriques de brut en 2024, soit environ 440 000 barils par jour. C’était, jusqu’à lundi, la dernière des onze plus grandes raffineries russes à ne pas avoir été touchée par les forces ukrainiennes.
Deux unités de distillation mises hors service
L’unité CDU-10, qui traite 24 580 tonnes métriques de brut par jour, a pris feu. Une seconde unité, la CDU-11, responsable de 37 % supplémentaires de la capacité, a été mise à l’arrêt après des dommages aux liaisons réseau nécessaires à son fonctionnement, rapporte Reuters.
À elles deux, ces installations traitent 50 000 tonnes de pétrole par jour. Selon des informations préliminaires, l’unité primaire ELOU-AVT-11, dont la capacité annuelle prévue atteint 8,4 millions de tonnes, aurait aussi été touchée.
Dès le lendemain de la frappe, la raffinerie a cessé de vendre essence et diesel sur la Bourse internationale de marchandises de Saint-Pétersbourg. Omsk devient ainsi la sixième grande raffinerie russe contrainte à un arrêt total ou partiel depuis début juin. Les installations de ce type restent toutefois difficiles à détruire durablement : les Russes réparent activement après chaque frappe, et rien n’indique qu’Omsk ne redeviendra pas opérationnelle dans les prochaines semaines.
Un drone en contreplaqué conçu pour la production de masse
L’appareil responsable de la frappe est fabriqué par Fire Point, une société basée à Kyiv, et utilise divers composants électroniques. Le FP-1 original, doté d’éléments porteurs en contreplaqué et d’ailes en mousse recouvertes de fibre de verre, n’était pas pensé pour la sophistication mais pour la production en série : Fire Point en fabrique environ 100 par jour, et affirme même en produire 300 en comptant le modèle voisin FP-2. Sa portée initiale ne dépassait pas 1 600 kilomètres pour une charge utile de 60 kilogrammes.
C’est une version étendue, le FP-1(ER), qui a permis la frappe de lundi. Denys Shtilerman, ingénieur en chef chez Fire Point, lui attribue une portée de 3 400 kilomètres, plus de trois fois supérieure au modèle d’origine. Un expert canadien en drones identifié seulement sous le nom de Roy a observé la différence sur les vidéos de l’attaque : « Les ailes sont plus longues et de forme différente par rapport au modèle précédent […] et contiendraient des réservoirs de carburant supplémentaires. »
Fire Point avait présenté un premier prototype allongé, avec une portée de 2 700 kilomètres, lors du salon Eurosatory à Paris le mois dernier.
Le coût unitaire tourne autour de 50 000 à 55 000 dollars, un montant sans commune mesure avec celui d’un missile intercepteur russe S-400 ou Pantsir, qui vaut plusieurs millions de dollars. Fire Point produit aussi un missile de croisière plus puissant, le FP-5 Flamingo, capable d’emporter 1 150 kilogrammes d’explosifs sur la même distance, mais facturé environ 500 000 dollars pièce.
Selon la présidente-directrice générale de Fire Point, Iryna Terekh, le FP-1 représente aujourd’hui environ 60 % des frappes ukrainiennes profondes en territoire russe.







