Le service militaire peut encore, des décennies après avoir été effectué, offrir des trimestres de retraite gratuits au régime général de la Sécurité sociale, sans qu’aucune cotisation n’ait jamais été versée. Ce droit reste largement méconnu, alors qu’il peut faire gagner une année entière avant le départ à la retraite.
Le mécanisme repose sur la notion de trimestre assimilé : chaque période de 90 jours de service national validée dans une carrière ouvre droit à un trimestre, dans la limite de quatre par année civile, selon le magazine Pleine Vie. Une subtilité de calendrier permet toutefois d’aller plus loin : si le service s’étale sur deux années civiles successives, il est possible de valider jusqu’à cinq trimestres au total, quatre sur l’une, un sur l’autre.
Une génération plus favorisée que l’autre
Le nombre de trimestres obtenus dépend directement de la durée du service accompli, qui a varié dans le temps. Les baby-boomers, appelés pour douze mois pleins, ont souvent pu valider jusqu’à cinq trimestres d’un coup. Au début des années 1990, la durée du service a été ramenée à dix mois, ce qui donne généralement trois ou quatre trimestres selon les dates précises d’incorporation et de libération. Le service national obligatoire a finalement été suspendu en 1997.
Ces trimestres pèsent d’autant plus depuis la réforme des retraites de 2023, qui a allongé la durée d’assurance requise jusqu’à 172 trimestres selon l’année de naissance de l’assuré. Pour un futur retraité proche du taux plein, ils peuvent permettre d’éviter une décote ou d’avancer la date de départ.
Dans le cadre d’une retraite anticipée pour carrière longue, jusqu’à quatre trimestres de service national peuvent même être considérés comme cotisés pour apprécier l’ouverture du droit à un départ anticipé.
Comment vérifier et faire régulariser son relevé
Encore faut-il que ces trimestres figurent bien sur le relevé de carrière. Le premier réflexe consiste à se connecter sur le portail Info-retraite.fr pour vérifier que la période apparaît sous la mention service national ou service militaire, avec le nombre de trimestres correspondant. En théorie, l’administration militaire transmet automatiquement ces informations aux caisses de retraite, mais des oublis peuvent survenir.
Si rien n’apparaît, il faut réunir un justificatif officiel, livret militaire ou état signalétique et des services, à demander au Centre des archives du personnel militaire de Pau ou au service d’archives compétent selon l’armée d’appartenance. Le document est ensuite transmis à la caisse de retraite de base concernée ; un conseiller retraite peut accompagner l’assuré dans les démarches administratives. La régularisation reste possible des décennies après la fin du service.
L’histoire de Michel illustre concrètement l’enjeu. Cet homme de 61 ans pensait devoir travailler jusqu’à 64 ans pour obtenir son taux plein. Lors d’un audit retraite familial, son épouse a retrouvé son livret militaire, prouvant douze mois de service effectués en 1983.
Ces mois n’avaient jamais été reportés parce que Michel était étudiant avant son incorporation, une situation qui n’empêche pourtant en rien la validation des trimestres. Après l’envoi des justificatifs, quatre trimestres manquants ont été validés d’un coup, et Michel a pu avancer son départ à la retraite d’un an.
Ces trimestres ne génèrent en principe aucun point dans les régimes complémentaires Agirc-Arrco ou Ircantec, sauf cas particuliers, comme lorsque le service a interrompu un emploi en cours. Pour le reste, la démarche reste simple : télécharger son relevé, repérer les années correspondant à 18-20 ans, et signaler tout écart à sa caisse de retraite si aucune période de service n’y figure.








