Berlin réactive cinq anciennes bases militaires désaffectées pour accueillir les nouvelles recrues du Wehrdienst, le service militaire rétabli en 2024. Cette décision s’inscrit dans la doctrine Zeitenwende, le tournant stratégique allemand initié en 2022 après l’invasion de l’Ukraine. Simultanément, le ministère de la Défense commande des missiles de croisière JSM supplémentaires. Ces mesures répondent directement à une menace aérienne russe quantifiée : Moscou a accumulé 6 200 drones kamikaze Geran, utilisés pour tester méthodiquement les vulnérabilités des défenses européennes.
La menace russe : 6 200 drones Geran et probing des défenses aériennes
Selon un général de la Bundeswehr interrogé par Militarnyi, la Russie déploie ses drones Geran non seulement pour frapper des cibles ukrainiennes, mais aussi pour cartographier les lacunes des systèmes de défense aérienne de l’OTAN. Ces appareils, dérivés des drones iraniens Shahed-136, volent à basse altitude et saturent les radars par leur nombre. Les 6 200 unités représentent une capacité de frappe prolongée, permettant des vagues d’attaques coordonnées. Moscou exploite chaque mission pour collecter des données sur les temps de réaction, les zones de couverture radar et les capacités d’interception des batteries Patriot et IRIS-T déployées en Europe centrale.
Vulnérabilités identifiées dans le système de défense aérien européen
Les tests russes ont révélé des faiblesses structurelles. Les systèmes de défense européens, conçus pour intercepter des missiles balistiques ou des aéronefs conventionnels, peinent face à des essaims de drones bon marché. Un seul Geran coûte environ 20 000 dollars, contre plusieurs millions pour un missile intercepteur. Cette asymétrie économique permet à la Russie de drainer les stocks occidentaux. Par ailleurs, les zones frontalières entre Pologne, Allemagne et pays baltes présentent des discontinuités de couverture radar, exploitables pour des incursions ou des frappes ciblées. L’Allemagne, positionnée au cœur du dispositif logistique de l’OTAN, devient une cible stratégique prioritaire.
Le projet allemand de réhabilitation : cinq bases pour la nouvelle Bundeswehr
Comme le détaille le site spécialisé Sicherheit & Verteidigung, les cinq installations concernées sont réparties stratégiquement sur le territoire allemand. Trois se situent en Bavière et Bade-Wurtemberg, renforçant le flanc sud face aux routes d’approvisionnement vers l’Ukraine. Deux autres, en Basse-Saxe et Rhénanie-du-Nord-Westphalie, sécurisent les corridors logistiques vers la Pologne et les pays baltes. Chaque base pourra accueillir entre 800 et 1 500 soldats. Les travaux de remise aux normes, estimés à 450 millions d’euros, débuteront en septembre 2026 pour une mise en service échelonnée entre mi-2027 et début 2028.
Intégration du Wehrdienst (service militaire) et effectifs attendus
Le rétablissement du service militaire obligatoire vise à porter les effectifs de la Bundeswehr à 203 000 soldats d’ici 2031, contre 183 000 actuellement. Les cinq bases réhabilitées absorberont les premières cohortes de conscrits, formés pendant six mois aux missions de défense territoriale, logistique et cybersécurité. Cette montée en puissance permettra de libérer les unités professionnelles pour des déploiements OTAN en Europe orientale, notamment dans le cadre de la mission Enhanced Forward Presence. Le modèle s’inspire du système suédois réactivé en 2017, combinant noyau professionnel et réserve mobilisable rapidement. Nafiz Özbek, ancien secrétaire du syndicat IG Metall, observe dans Birgun que « l’économie allemande est profondément militarisée et industriellement réorientée », même si « les usines civiles ne sont pas directement converties en manufactures d’armes, contrairement à l’ère nazie ».
Commandes supplémentaires et spécifications techniques des JSM
L’Allemagne a passé commande de 200 missiles de croisière JSM (Joint Strike Missile) supplémentaires auprès du consortium norvégien Kongsberg. Ces missiles air-sol, portée 280 kilomètres, équiperont les futurs F-35A Lightning II commandés en 2022. Le JSM se distingue par sa signature radar réduite et sa capacité à frapper des cibles navales ou terrestres avec une précision métrique. Son système de guidage multimode (GPS, INS, imagerie infrarouge) le rend résistant au brouillage électronique russe. Le coût unitaire, environ 1,8 million d’euros, représente un investissement total de 360 millions pour cette tranche. Les livraisons s’étaleront jusqu’en 2029, synchronisées avec la réception des chasseurs F-35.








