À 43 ans, le général Mykhaïlo Drapatyi devient commandant en chef des forces armées ukrainiennes, remplaçant Oleksandre Syrsky après trois ans à la tête d’une armée engagée sur plusieurs théâtres d’opérations majeurs. Volodymyr Zelensky a annoncé le 21 juillet 2026 la relève du général Syrsky, 60 ans, figure controversée malgré ses succès opérationnels. La nomination marque une inflexion stratégique : du centralisme hérité de la doctrine soviétique vers une approche de commandement plus décentralisée, testée avec succès dans le secteur de Kharkiv depuis l’automne 2025.
Profils militaires contrastés : deux générations de commandants
Syrsky : la doctrine héritée de l’Armée rouge
Né en Russie soviétique, Oleksandre Syrsky a été formé à l’Académie militaire de Moscou dans les années 1980. Son parcours reflète l’empreinte de l’Armée rouge : commandement vertical, planification centralisée, subordination stricte de la chaîne hiérarchique. Ses parents et son jeune frère résident toujours en Russie, selon des sources vietnamiennes, un détail biographique qui a alimenté des doutes publics sur sa légitimité auprès d’une partie de l’opinion ukrainienne. Malgré ses succès tactiques indéniables, Syrsky incarne une génération formée aux méthodes soviétiques, privilégiant la masse, la puissance de feu et la concentration des moyens sous contrôle centralisé.
Drapatyi : l’expérience de terrain et la décentralisation tactique
Mykhaïlo Drapatyi représente une rupture générationnelle. Avec deux décennies d’expérience au combat, dont plusieurs années passées sur la ligne de front dans le Donbass depuis 2014, il a développé une approche décentralisée du commandement. Nommé à la tête des Forces conjointes à l’automne 2025, il a supervisé le secteur de Kharkiv, zone critique face aux assauts russes. Drapatyi privilégie l’autonomie des commandants de terrain, la réactivité opérationnelle et l’intégration rapide des retours d’expérience. « L’armée a besoin de changements, mais sans justice, aucun changement n’aura de sens pour les personnes qui portent cette guerre sur leurs épaules chaque jour », a-t-il déclaré lors de sa nomination, signalant une volonté de réformer la chaîne de commandement tout en préservant la confiance des troupes.
Bilan opérationnel de Syrsky : trois ans de commandement
Défense de Kyiv et contre-offensive de Kharkiv (2022-2023)
Volodymyr Zelensky a salué le bilan de Syrsky : « C’est un fait : Oleksandr Syrskyi a assuré le succès de l’Ukraine dans la défense de Kyiv, lors de l’offensive de Kharkiv et de l’opération de Koursk. » En février 2022, Syrsky commandait les forces qui ont stoppé l’avancée russe vers la capitale, infligeant aux troupes de Moscou leur première défaite stratégique majeure. En septembre 2022, il a orchestré la contre-offensive éclair dans la région de Kharkiv, reprenant plus de 6 000 kilomètres carrés en quelques semaines. Son approche reposait sur la concentration massive de forces blindées et d’artillerie, exploitant les failles logistiques russes avec efficacité.
Opération de Koursk (2024) : succès et controverses tactiques
L’incursion ukrainienne en territoire russe dans la région de Koursk en août 2024 a marqué un tournant audacieux. Syrsky a planifié une opération surprise qui a permis de saisir plusieurs dizaines de localités russes, forçant Moscou à redéployer des unités depuis d’autres secteurs du front. Pourtant, des critiques ont émergé sur le coût humain élevé de l’opération et sur la difficulté à consolider les gains territoriaux face aux contre-attaques russes. Des vétérans ont dénoncé une gestion centralisée limitant l’initiative des commandants de brigade, ralentissant l’adaptation tactique sur le terrain.
Drapatyi aux Forces conjointes : un commandement de proximité
Reconquête de Koupiansk et gestion du secteur Kharkiv
Depuis l’automne 2025, Drapatyi dirige les Forces conjointes couvrant la ligne de front dans la région de Kharkiv, zone sous pression constante des assauts russes. Il a participé activement à la reconquête progressive de territoires autour de Koupiansk, ville stratégique reprise puis partiellement perdue face aux contre-offensives ennemies. Son commandement s’est distingué par une meilleure coordination entre unités blindées, infanterie et appui aérien, réduisant les délais de décision opérationnelle. Euronews souligne que Drapatyi a imposé un style de commandement basé sur la proximité avec les troupes, visitant régulièrement les positions avancées.
Approche décentralisée et réactivité opérationnelle
Drapatyi a expérimenté dans son secteur une délégation accrue de l’autorité tactique aux commandants de bataillon et de brigade. Face à un adversaire russe capable de concentrer rapidement artillerie et aviation, la réactivité devient cruciale. En accordant plus d’autonomie aux échelons subordonnés, Drapatyi a réduit les temps de réponse face aux percées ennemies. Son approche intègre également l’usage intensif de drones de reconnaissance et de frappe, permettant une boucle décisionnelle raccourcie. La guerre d’attrition actuelle, caractérisée par des combats de haute intensité, exige une adaptation permanente que le commandement centralisé peine à assurer.
Risques de transition et enjeux de continuité
Perturbation potentielle de la chaîne de commandement
Tout changement de commandement en pleine guerre comporte des risques. Les relations personnelles entre Syrsky et les chefs d’état-major régionaux, forgées durant trois ans de combats, disparaissent du jour au lendemain. Drapatyi devra rapidement établir sa crédibilité auprès de généraux plus âgés, formés à la même école soviétique que son prédécesseur. La transition intervient alors que la Russie intensifie sa pression dans le Donbass et maintient des menaces sur plusieurs axes. Les frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe exigent une coordination interarmes complexe que Drapatyi devra maîtriser rapidement.
Légitimité auprès de l’état-major et des troupes
Drapatyi bénéficie d’un atout majeur : sa popularité auprès des soldats. Contrairement à Syrsky, perçu comme distant et rigide, Drapatyi jouit d’une réputation de commandant accessible, soucieux des conditions de vie des troupes. Son expérience de deux décennies au combat lui confère une légitimité opérationnelle immédiate. Toutefois, l’état-major général, composé en partie d’officiers supérieurs formés à la doctrine centralisée, pourrait résister aux changements structurels que Drapatyi souhaite impulser. La réussite de sa nomination dépendra de sa capacité à conjuguer réforme tactique et maintien de la cohésion institutionnelle, tout en préservant l’efficacité opérationnelle face à un adversaire russe qui ne relâche pas la pression.








