Trump veut confier le commandement de l’OTAN à l’Allemagne

Alors que la politique de défense européenne entre dans une phase de recomposition rapide, Donald Trump bouscule l’équilibre historique de l’OTAN en affirmant sa volonté de voir l’Allemagne diriger, un jour, le plus haut commandement militaire de l’Alliance. Une déclaration lourde d’enjeux, qui met Berlin face à une responsabilité stratégique inédite.

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Trump veut confier le commandement de l’OTAN à l’Allemagne
Trump veut confier le commandement de l’OTAN à l’Allemagne | Armees.com

Le 19 novembre 2025, lors de la Berlin Security Conference, l’administration Trump a ouvertement évoqué l’idée que l’Allemagne prenne, à terme, la direction du Commandement allié Opérations de l’OTAN. Cette prise de position, exprimée par l’ambassadeur américain auprès de l’Alliance, place Donald Trump au centre d’un débat stratégique majeur pour l’avenir du dispositif transatlantique.

Donald Trump veut bousculer l’équilibre historique du commandement de l’OTAN

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump insiste pour que les Européens, et plus particulièrement l’Allemagne, assument une part beaucoup plus importante de la charge militaire collective. Cette orientation s’inscrit dans une logique ancienne chez Trump, mais elle franchit un palier inédit avec l’évocation d’un transfert du commandement suprême allié Europe, le SACEUR, un poste occupé exclusivement par un général américain depuis 1951.

Selon Matthew Whitaker, l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, l’objectif est de susciter une prise de responsabilité plus forte du camp européen. Il a expliqué qu’il « attend le jour où l’Allemagne viendra voir les États-Unis et dira qu’elle est prête à prendre la fonction de commandant suprême allié », rapporte The Independent.

Ce message sert aussi d’avertissement diplomatique : Washington souhaite rééquilibrer la structure de l’OTAN, tout en maintenant une pression sur les partenaires européens pour qu’ils poursuivent leur remontée en puissance. Whitaker reconnaît cependant que ce scénario reste éloigné, précisant qu’il pense que cette évolution « est encore lointaine », mais qu’il attend « avec intérêt » la perspective de telles discussions, d’après ses propos rapportés par le média. Derrière cette formulation prudente, on retrouve la patte stratégique de Donald Trump : pousser l’Europe à sortir d’une tutelle militaire américaine devenue, selon lui, trop lourde pour les États-Unis.

Une Allemagne en pleine transformation militaire sous le regard attentif de Trump

Ce signal politique vise un pays en pleine mutation : depuis 2022, Berlin s’est lancé dans une modernisation accélérée de la Bundeswehr. Sous l’impulsion du chancelier Friedrich Merz, l’Allemagne ambitionne officiellement de bâtir « l’armée conventionnelle la plus forte d’Europe », une formule rapportée par American Legion. Pour soutenir cet effort, Berlin a doublé ses dépenses de défense afin d’atteindre l’objectif de 2 % du PIB et a créé un fonds de réarmement massif de 112,7 milliards de dollars américains, soit environ 104 milliards d’euros.

Pour l’administration Trump, cette trajectoire offre un argument supplémentaire pour transférer un rôle stratégique à l’Allemagne. L’idée est simple : si Berlin devient le poids lourd militaire européen, alors elle doit assumer une responsabilité proportionnelle au sein de l’OTAN. Cette logique fait partie de la philosophie stratégique de Trump, qui considère que le leadership américain au sein de l’Alliance a trop souvent été pris pour acquis. L’arrivée d’une Allemagne plus puissante vient alimenter cette vision d’un partage plus équitable des responsabilités.

Au-delà du politique, ce changement renforcerait également la capacité européenne à prendre des initiatives autonomes. En transférant le SACEUR à un Européen, Donald Trump cherche aussi à inciter l’Union à s’impliquer davantage dans la gestion des crises régionales, un domaine où Washington souhaite réduire son rôle direct. Cependant, l’idée reste controversée, tant pour des raisons historiques que pour des questions de crédibilité opérationnelle.

Entre scepticisme militaire et obstacles institutionnels : un projet encore lointain

Malgré la volonté affichée par Trump, le projet se heurte à des réticences au sein même de l’OTAN. Le général allemand Wolfgang Wien, membre du comité militaire de l’Alliance, a affirmé être « un peu étonné » à l’annonce d’un tel scénario, estimant que la fonction de SACEUR est « très, très importante ». Cette réaction témoigne d’un scepticisme largement partagé : le commandement suprême en Europe n’est pas seulement symbolique, il constitue le noyau dur de la crédibilité militaire de l’OTAN.

Le passage de relais poserait également d’importants défis politiques. La nomination du SACEUR relève, dans les faits, d’un consensus stratégique entre les États-Unis et les alliés. Remettre entre les mains d’un pays européen ce poste essentiel coûterait à Washington un levier majeur, celui du commandement opérationnel en cas de crise. Les Européens eux-mêmes redoutent qu’un tel basculement fragilise la cohésion interne de l’OTAN, en créant un nouveau centre de gravité potentiellement conflictuel entre la puissance militaire américaine et une Europe encore fragmentée dans ses ambitions stratégiques.

Matthew Whitaker, conscient de ces obstacles, a d’ailleurs tempéré l’enthousiasme que pourrait susciter cette annonce. Il a évoqué l’horizon de « peut-être quinze ans, peut-être plus tôt » avant qu’une telle discussion ne devienne possible. Cette temporalité illustre la profondeur des transformations requises : montée en puissance budgétaire, consolidation industrielle, amélioration de l’interopérabilité, et surtout, capacité politique à assumer un rôle de premier plan dans un cadre multilatéral exigeant.

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