Le ministère allemand de la Défense ne serait pas franchement convaincu par une adhésion au Global Combat Air Programme (GCAP), le projet de chasseur mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Selon des notes internes consultées par le média Politico, le ministère recommanderait plutôt à Berlin de construire un partenariat avec la Suède et l’Espagne pour développer le futur avion de combat de l’armée allemande.
Cette évaluation juge l’option germano-suédo-espagnole plus avantageuse et prometteuse que le GCAP. Politico précise toutefois que ce document ne constitue pas une décision gouvernementale arrêtée, et rien n’indique que le ministre de la Défense, Boris Pistorius, ait validé cette recommandation.
Les raisons avancées tiennent autant à l’architecture industrielle qu’au souvenir d’une coopération passée. Le texte pointe la difficulté pour les industriels allemands de trouver leur place dans le consortium Edgewing, dont l’organisation du GCAP est déjà arrêtée. Il rappelle aussi une « expérience négative » avec BAE Systems lors du programme Eurofighter, mis en service au début des années 2000 : l’industriel britannique y est accusé d’avoir privilégié ses propres exportations au détriment des intérêts allemands et italiens. Une domination britannique serait, selon l’évaluation, incompatible avec un partenariat équilibré.
Début octobre 2026, le Premier ministre britannique Andy Burnham s’était pourtant rendu à Berlin pour proposer formellement à l’Allemagne de rejoindre le GCAP. « C’est quelque chose que nous souhaitons faire avancer dans la période à venir », avait-il assuré, selon des propos rapportés par l’agence dpa.
Des sources gouvernementales allemandes avaient alors fait savoir que les ministres de la Défense des deux pays avaient été chargés d’examiner les modalités d’une telle coopération. Les notes révélées par Politico vont à contre-courant de cette piste.
Une coentreprise envisagée entre Airbus et Saab
Berlin se serait vu proposer la création d’une coentreprise industrielle entre Airbus et le groupe suédois Saab, avec le Gripen E comme base de travail pour un futur avion de combat de nouvelle génération. Le responsable défense d’Airbus, Michael Schöllhorn, a confirmé à demi-mot cette hypothèse dans un entretien accordé au quotidien économique Handelsblatt, en saluant les bonnes relations entretenues avec son homologue suédois.
Cette hésitation allemande intervient après l’échec du programme SCAF, lancé en 2017 par le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, que l’Espagne avait rejoint plus tard en soutien. Le projet a coulé à cause des tensions entre ses deux maîtres d’œuvre industriels, Dassault côté français et Airbus côté allemand, sur la répartition du travail.
Berlin ne semble pas vouloir revivre ce type de blocage. La France, elle, a choisi de développer seule un chasseur Rafale F5, dont la mise en service est attendue d’ici 2034.
Rien n’est tranché à ce stade. Trois pistes restent sur la table à Berlin :
- confier le développement d’un nouvel appareil à la Team Gen 6, le consortium industriel mené par Airbus né après l’échec du SCAF,
- rejoindre le GCAP aux côtés du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon,
- ou se rapprocher de la Suède et de l’Espagne.
L’Allemagne partagerait avec ces deux pays des exigences militaires proches, selon l’évaluation interne. La Suède mène déjà ses propres travaux sur un avion de nouvelle génération, dans le cadre du projet Konceptprogram Framtida Stridsflygsystem, et produit le Gripen, un chasseur plus compact et moins coûteux que les appareils rivaux.








